LE SYNCRETISME DES SECTES
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A lheure des élections européennes, lundi 7 juin 1999, le mot " secte " est deux fois cité au journal télévisé. Premièrement, lUnion de la Loi Naturelle se propose de faire prier quelques milliers de yogi pour le bien-être de la France, comme elle lavait fait, il y a quelques années, pour les présidentielles. En même temps, la commission interministérielle de lutte contre les sectes avertit (avant publication) de la dangerosité croissante des sectes, sur un point jusquici négligé : les enfants. En 1996, vingt-huit sectes sintéressaient aux enfants ; aujourdhui, le nombre a explosé. On compte 500 mineurs répartis dans 19 sectes, 40 000 enfants influencés par leurs parents et 6000 jeunes gens plus ou moins affiliés. Comme les autres scandales qui se révèlent toujours plus importants après coup, et je nai pas référence au nuage de Tchernobyl ou au poulet contaminé, les sectes continuent leur avancée, par des filières de plus en plus détournés et des méthodes de plus en plus efficaces. Hors, il ne sagit pas seulement dargent, ou de manipulation politique, mais aussi de lintégrité physique des individus : des adultes qui se suicident, ou des enfants victimes de flirty fishing, dattentats sexuels qui rappellent la plus mauvaise actualité de la Belgique. La prévention toute simple qui consiste à dire " ayez peur des sectes " ne suffit plus : les sectes ne se présentent pas sous ce nom, et elles ne se présentent pas toujours sous laspect dune religion.
A ce moment de la discussion, un avertissement est nécessaire : nous nentendons pas le mot " secte " au sens strict du terme et maintenant ancien de " minorités religieuses " (à leurs débuts) ou de " religions réformées " (comme le calvinisme ou le protestantisme). Souvent, ces courants religieux ne deviennent des sectes que par accident : elles voulaient se rattacher à lancienne, laméliorer ; lancienne na pas voulu, ou na pas pu. Parfois avec raison, car ces nouvelles religions nouvelles peuvent agir comme les sectes que nous allons étudier, le doute provenant du fait que ces " fausses " religions veulent se faire passer pour " vraies ". Cest justement là le problème : réussir à distinguer une secte dune religion, et vice versa. Dans Les Religions de lHumanité (Criterion), Michel Malherbe tente dailleurs de replacer le problème dans son contexte :
" Ce qui est souvent oublié, cest lincroyable quantité dhommes beaucoup moins de femmes qui se sont crus ou se sont déclarés visités par Dieu ou chargés par Lui dune mission spéciale pour éclairer les autres hommes.
" Il ny a véritablement aucun moyen de vérifier quoi que ce soit dans ce domaine, ni la véracité de telles affirmations, ni la simple bonne foi du prophète en question.
" Rien nest plus agaçant pour les croyants dune religion que de voir fleurir ainsi une multitude de concurrents qui sont qualifiés de " faux prophètes ". Il est normal quun croyant croie à sa vérité et cela entraîne malheureusement souvent quil rejette furieusement la vérité des autres, même sil prône par ailleurs lamour de son prochain.
" Toujours est-il quil y ait en fait une certaine complicité des grandes religions et des pouvoirs pour marginaliser ce quon appelle les sectes. Seul le succès légitimise une nouvelle croyance en vertu du principe évangélique selon lequel on reconnaît un bon arbre à ses fruits.
" Il est cependant sain de se rappeler quà ses débuts le christianisme était une secte pour les Juifs et lIslam une secte pour les Arabes de la Mecque.
" ( ) Il nempêche que lhomme est capable de suivre nimporte quoi et lhistoire regorge de gens que le sens commun juge être des fous ou des charlatans mais qui ont eu cependant leurs sectateurs.
" Naturellement, toujours parce que cela fait partie de la nature humaine, le mépris dont les bien-pensants de tous bords accablent ceux qui pensent autrement conduit à des durcissements de positions, à des fanatismes, à des sectarismes aussi bien chez les persécuteurs que chez les persécutés. " Persécuter " provient dailleurs, étymologiquement, de la même racine " sequi " qui a donné aussi bien " suivre " que " secte ". Peut-on en déduire que celui qui suit une secte est persécuté ? On constate en tout cas quil est fort difficile daborder la question des différences entre sectes et religions en sefforçant de rester objectif.
" On ne peut pas refuser sérieusement la qualité de religion à une spiritualité qui cherche de relier lhomme à Dieu , même si elle paraît fondée sur une doctrine humainement incompréhensible. De tels critères reviendraient à refuser le surnaturel et à rejeter le Christianisme ou lIslam par exemple. En fait, cela reviendrait à ne pas admettre quil puisse exister des religions sérieuses. Cette position, qui est celle de beaucoup dathées, élimine la spiritualité de la vie de lhomme : cest une amputation insupportable pour les croyants qui constituent la majorité de la population de la terre.
" ( ) Pourtant, admettre sans réticences toutes les sectes par respect pour leur éventuel contenu spirituel, conduit à faire la place belle à des manipulations de conscience sans scrupules qui décervellent des naïfs à leur profit ou à des fous qui propagent leurs phantasmes.
" On ne peut pas plus mettre en doute la bonne foi de
membres de sectes qui se dévouent à leur cause quon ne peut nier quil y a
dans les religions les plus sérieuses, comme ailleurs, de dangereux agités ou des
habitués de la divagation. ".
Partant de là, il semblerait utile de définir ou de redéfinir le terme de " secte " : doit-il, ou ne doit-il pas être péjoratif ? Sil doit lêtre, pourquoi le terme de " religion " ne le serait-il pas ? Et sil le devenait, ne faudrait-il pas rappeler que ce sont les croyants qui constituent la majorité de la population de le terre ? Existe-t-il un terme plus adéquat de distinction que le mot " secte ", ou même que le mot " religion " ? Ou bien ne voudrait-il mieux pas donner priorité à la définition courante - péjorative - ? Mais ny a-t-il pas alors un risque de dérive, une part de préjugé, ou du moins de présupposé, conjointe à lutilisation même quon en fait ? Chacune de ces possibilités sont a priori défendables, et elles sont effectivement chacune défendues. Nous aurons donc la tâche den débattre.
Nous verrons ensemble ce que sont les sectes quand on ne les connaît pas, puis nous essayerons dapprocher leur diversité ; enfin, nous essayerons de déterminer si une nouvelle définition ne permettrait pas à la fois dadmettre la naissance de courants religieux minoritaires et de condamner ceux qui visent à lexploitation humaine. Une autre préoccupation, parallèle, nous poussera à définir leur fonctionnement, le pourquoi de leur succès : est-il dû à lhabileté des escrocs, à la faiblesse des victimes, ou à un besoin socioculturel ? Celui de la spiritualité ou celui dune communauté dappartenance ? Ou est-ce un peu de tout ça ? Ou est-ce encore différent selon les cas ? Les réponses, par respect envers les victimes des sectes, ne peuvent pas être simples
Une complexité qui sinscrit dans la modernité
Aujourdhui, les travailleurs sociaux sont confrontées à des phénomènes de plus en plus complexes. Ils se spécialisent pour mieux affronter la diversité du monde moderne. Quand ils perdent une vue densemble, on leur conseille la lecture détudes synthétiques on ne dira pas syncrétiques. Cest le cas, par exemple, de certains professeurs des écoles dinfirmières qui font la citation du rapport parlementaire sur Les sectes en France (Editions Patrick Banon, Opinions publiques, 1996) :
" 88 membres de la secte des Davidsoniens morts par suicide ou à lissue daffrontements avec la police à Waco au Texas le 19 avril 1993, 53 membres de la secte du Temple Solaire morts, suicidés ou assassinés en Suisse et au Canada le 4 octobre 1994 ; 11 morts et 5 000 blessés dans lattentat au gaz perpétré dans le métro de Tokyo par la secte Aoum le 5 mars 1995. Voilà, sur moins de trois ans, le bilan des agissements criminels les plus graves dont se soient rendues coupables certaines sectes, sans oublier le suicide collectif des 923 membres du Temple du Peuple au Guyana en 1978.
" ( ) Samedi 23 décembre 1995 : dans une forêt du Massif du Vercors, les gendarmes découvrent seize cadavres calcinés. Les corps sont disposés en étoile. Parmi eux, deux enfants. Non loin de là, on retrouve quatre voitures. Leurs propriétaires appartenaient à lOrdre du Temple Solaire, une secte qui sétait déjà tristement illustrée par un premier massacre dix huit mois auparavant. Une nouvelle fois, chacun prend conscience, avec un mélange détonnement et deffroi, des extrémités vers lesquelles peuvent conduire de telles organisations. ( ).
" (
) Pour ma part, cest lattentat au gaz
perpétué dans le métro de Tokyo, qui avait constitué le déclic. Pourquoi la France
serait-elle à labri de cette nouvelle forme de terrorisme ? La Secte Aoum ne
pouvait-elle pas avoir des ramifications dans notre pays, dans la région lyonnaise par
exemple, comme un journaliste de la chaîne de télévision japonaise N.H.K. me lavait
affirmé ? ".
Ceci est un extrait de la préface dAlain Gest, président de la Commission dEnquête.
Il montre que ce problème est contemporain, urgent et étendu, mais il faut signaler
aussi que les sectes, souvent, sont syncrétiques : elles se créent vite, prennent leurs
dogmes à droite, à gauche et pratiquent la " symbiose ", paradoxale, du plus
grand matérialisme, largent, et de la plus grande spiritualité, la religion. Les
questions sont : quelles sont-elles ? Comment le font-elles ? Quelles sont les victimes ?
Sil nest pas besoin de demander pourquoi elles le font, il serait cependant
utile de se demander, à lencontre des études officielles, pourquoi les gens sy
intéressent, pourquoi ils y croient, pourquoi ils y restent ? Pourquoi, surtout, il ne saperçoivent
pas que leur prétendu enrichissement spirituel se fait au détriment de toute leurs
richesses sociales : leur argent, mais aussi leur famille, leurs amis, leur liberté, leur
personnalité
? Autant de questions qui sont chacune des accusations. Autant daccusations
qui cherchent à devenir pénales, mais qui sopposent, en même temps, au fondement
même de la laïcité : la séparation de lEtat et de lEglise. Larticle
10 de la Déclaration des droits de lhomme et du citoyen dit en effet : Nul ne
doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation
ne trouble pas lordre public institué par la loi. Nous aboutissons donc, à ce
que lon nomme le paradoxe de la liberté : jusquoù la liberté
de choix ? Peut-on faire le choix de nêtre plus libre ? Car cest
manifestement le choix que font les membres dune secte
Membre de tout, sauf dune " secte "
Mais une question na pas encore été posée : quest-ce quun membre dune secte ? Est-ce vivre en communauté, est-ce assister à des conférences, est-ce être un sympathisant de leurs idées ? Est-ce simplement lacte qui est de payer ? Est-ce encore plus simplement encore le fait de croire ? Cest justement sur cette imprécision que vont jouer les moins voyantes des sectes. Cest aussi pourquoi la compréhension doit précéder le jugement, et à plus forte raison encore, laction judiciaire. Le rapport Gest est à ce propos plus éclairé le précédent rapport Vivien de 1983 ; citons-le encore :
" Les images que lon représente sur lactivité des sectes présentent parfois un caractère tellement farfelu que chacun est tenté de se dire : " comment peut-on se laisser piéger ? ". Et pourtant, tout le monde peut, un jour, être concerné. Notre société " hyper-individualiste " a perdu bon nombre de ses repères, les familles se font et se défont dans la quasi indifférence. Lattractivité des religions reconnues diminue si lon en juge par lassistance dans les lieux de culte et par la déficit des vocations. Jusquaux doctrines politiques, qui se fondent désormais dans la recherche dun perpétuel consensus moi, qui rend dailleurs souvent les débats bien fades. Aussi, lorsquune personne rencontre des difficultés dordre personnel ou professionnel, elle ne trouve pas toujours la réponse quelle attend dans les structures de notre organisation sociale. Il suffit alors dune rencontre fortuite (ou judicieusement préparée) avec un représentant de secte pour que lengrenage fatal commence.
" ( ) Comment peut-on se croire en danger en adhérant à une association qui dispensent des cours de yoga, une autre à but humanitaire, ou écologiste, ou bien encore, visant à favoriser la réinsertion par lalphabétisation ? Le développement des sectes se fait effectivement maintenant par le truchement de sociétés très diverses, parfois même des sociétés commerciales. Ainsi, au lendemain de la présentation de notre rapport, la presse faisait état de la découverte faite par des salariés dEDF. Quelques dizaines de cadres de direction ont suivi, au moins de 1993 à 1995, des stages de développement personnel animés par les entreprises PV Conseil et Otium, sur la base dune méthode dite Avatar. La principale association de défense des victimes de sectes, lADFI, a précisé que cette méthode entend " produire lillumination individuelle ". Elle a été créée par un responsable de lEglise de Scientologie Américaine. La direction dEDF a constaté que lenseignement dispensé proposait " des rituels faisant penser à des fonctionnements de type organisation mystico-religieuse ". Il nen demeure pas moins, que durant plusieurs années, ces " filiales " percevaient 12 000 F par formateur et par jour. De quoi alimenter les caisses de la maison mère !
" Dans un autre domaine, lexemple de la Fédération des Femmes pour la Paix dans le Monde apparaît significatif. Qui pourrait, en effet, regretter lexistence dune telle association dont lobjet semble, oh combien généreux ? Sûrement pas Mme Gorbatchev, qui figure dans son comité dhonneur. Pas davantage George Bush, lancien président des Etats-Unis, qui participait récemment à une croisière organisée par la F.F.P.M., fort lucrative pour lui, qui devait y faire une conférence, contribution négligeable pour une filiale de la secte Moon qui trouvait là le moyen de conforter son image !
" La mécanique bien huilée des organisations sectaires
utilise, évidemment, toutes les " ficelles " pour attirer vers elles. Pour
intéresser les parents, rien de tel que de soccuper des enfants. Pas étonnant donc
quexistent des sectes spécialisées dans le soutien scolaire ou léveil vers
les cultures. Dans ce dernier cas, lapprentissage de lart sous toutes ses
formes commence par des heures dinitiation, dispensées sur place. Puis, pour
parfaire la découverte, les enfants sont invités à faire des excursions. Celles-ci se
transforment bientôt en séjours de plusieurs jours, durant lesquels tout peut arriver, de
la déstabilisation mentale aux sévices sexuels. Car sil est vrai que lappât
du gain constitue la motivation première de bon nombre de sectes, les déviances
sexuelles, notamment des gourous ou autres leaders charismatiques, constituent un danger
fréquent. ".
Cela ne devrait pas étonner (même si cela doit choquer) : il sagit dune conséquence logique à toute recherche de domination. Les gourous, prêtres, chamans, professeurs, spécialistes ou autres chefs de se sectes dominent par la parole (ils semblent toujours sympathiques), dominent par leur savoir (relation de maître à élève), dominent par leur argent (le principe des vases communiquants) et dominent par le sexe (les viols et les " concubines ") : il nexiste pas dégalité dans les sectes, il nexiste quune longue et complexe hiérarchie. Par principe, les individus doivent évoluer. Cela signifie donc quil existe des individus plus évoluer queux. En partant du second principe que le critère absolu dévolution et le critère subjectif de la spiritualité, certains individus, les " chefs " dont nous avons parlé, sauto-proclament, sous lapprobation générale, supérieurement évolués dans ce domaine qui domine tous les autres. Puisquil les domine tous, alors ces " surhommes " dominent en tout : il peut à loisir exercer son pouvoir sur les opinions, les actions et même le corps des adeptes ou futurs adeptes. Et puisque ce domaine est le seul critère valable, tous les autres domaines lui sont subordonnés : cest pourquoi la victime donne de largent (domaine inférieur) au maître es spiritualité (domaine supérieur) dans le but dobtenir la paix de lesprit, de trouver lâme sur, davoir du succès dans les affaires, etc. (domaines inférieurs). Dans cette optique, les abus sexuels passent parfois pour des " dons du corps ", des " sacrifices du Moi ", ou sinscrivent dans des recherches dillumination (avec le maître spirituel), si bien que la personne violée ne sen rend pas compte et ne pense pas à porter plainte. Que dirait-elle, de toute façon : cétait volontaire, non ? Nombreuses sont les jeunes filles qui se font manipulées par des hommes sympathiques ou beau parleurs, mais lorsque labus est répété, systématique et quil prend lallure dun véritable harem comme ça arrive dans certaines sectes, la loi ne devrait-elle pas intervenir ? Mais nous en revenons toujours à lesprit des lois : une poursuite de ne peut être entamée que sil y a plainte de la personne concernée, sans quoi toutes les commérages sont permis, toutes les dénonciations. Cest aussi limpunité pénale qui incite ces individus à exercer leur exploitation de la personne jusquau niveau sexuel. Mais, pour être juste, rappelons que ce nest évidemment par la raison principale qui est linstinct, ou plus précisément la névrose, ou, quand il sagit de ces gourous, la psychose. Pour rentrer plus précisément dans le mécanisme de dépendance qui est la conséquence de la domination, il faudrait ainsi étudier la manière dont le psychotique arrive à faire partager sa psychose à des personnes saines, non pas une psychose identique, mais une psychose complémentaire. Mais ce thème est celui de la " normalité " et de son rapport répulsion ou attirance - envers " lanormalité ", ce qui dépasserait de loin la portée de notre propos.
" Et pour ceux qui sont tentés de croire que ça narrive quaux autres, il me semble utile de préciser que ces " autres " ne se recrutent pas parmi les marginaux ou les personnes au quotient intellectuel réduit. La Commission dEnquête au pu constater au contraire, que les adeptes des sectes émanaient principalement des professions scientifiques, médicales, plus généralement de catégories socioprofessionnelles disposant dun bon niveau de formation. Voilà qui ne peut que ravir les inspirateurs des sectes qui prospèrent en accueillant des hommes et des femmes à haut pouvoir dachat. Jai en mémoire ce médecin, " rescapé " dune secte internationale, à qui il avait consacré 800 000 F à travers des livres, de supports audiovisuels, des formations et des séminaires. Il rembourse aujourdhui patiemment ses emprunts. ".
En réalité, il se rencontre de tout , même si les cibles préférées des sectes sont jeunes et riches : on trouve aussi des marginaux, des personnes au quotient intellectuel réduit ; on trouve des chômeurs, des étudiants, des individus au faible revenu ; on trouve des membres dautres sectes ou des anciens membres de sectes, qui croyaient en être sortis. Cette diversité des membres a-t-elle contribuée à la diversité des sectes, ou la multiplicité des sectes a-t-elle permis à celles-ci de sétendre à lensemble des catégories socioprofessionnelles ? Les deux possibilités ne sont pas contradictoires.
Nous aurons besoin pour répondre à ces questions et à bien dautres
encore, de définir " lennemi ", denvisager plusieurs angles du
" problème " et ainsi de délimiter notre sujet détude
nécessairement vaste. Cela passe par un aperçu des concepts, des notions et des
préjugés qui sont liés au mot " secte ". On sapercevra que son
imprécision et que sa diversité de sens est, paradoxalement, le reflet exact du
phénomène sectaire : cest par ce manque de clarté sur le sujet quelles
peuvent justement opérer dans lombre (de la loi). Nous venons justement y
remédier.
Limprécision et la diversité des définitions
Le rapport parlementaire sur Les Sectes en France (Editions Patrick Banon, Opinions publiques, 1996) est à ce sujet très méthodique : transformer une définition confuse en une liste de définition. Descartes ne concevait pas autrement la recherche dune solution : diviser un problème compliqué en plusieurs problèmes plus simples. On se permettra de douter de ladite solution qui devait en découler, mais on aura au moins compris, en détails, lorigine de cette confusion
" A) Lapproche étymologique
" Une étude étymologique montre que le terme " secte " est apparu aux alentours des XIII-XIVème siècles et quil peut être rattaché à deux racines latines : lune le rattachant au verbe suivre, lautre au verbe couper.
" Cette hésitation sur lorigine sémantique imprègne, aujourdhui encore, lensemble des dictionnaires.
" Significative est la définition fournie par le dictionnaire Littré, pour qui la secte est lensemble des personnes qui font profession dune même doctrine ou qui suivent une opinion accusée dhérésie et derreur ".
" Le dictionnaire Robert distingue, quant à lui, entre les personnes qui ont la même doctrine au sein dune religion et celles qui professent une même doctrine.
" Dans tous les cas, les deux origines supposées de la notion
induisent, simultanément ou alternativement, les deux idées de croyance commune et/ou
de rupture par rapport à une croyance antérieure. Cest sur ce concept de
rupture quinsiste le Dictionnaire des religions (PUF, 1984) qui définit la
secte comme Au sens originel, un groupe de contestation de la doctrine et des
structures de lEglise, entraînant le plus souvent une dissidence. Pour un sens plus
étendu, tout mouvement religieux minoritaire. ".
Cette hésitation est reproduite au niveau de la ressemblance et/ou de la dissemblance de la secte avec la religion. Or, cest justement sur ce plan que se base la sociologie.
" B) Lapproche sociologique
" La sociologie fournit, quant à elle, une définition de la secte par opposition à celle dEglise. Cest ainsi que Max Weber a procédé pour préciser ces deux notions lune par rapport à lautre : pour lui, lEglise est une institution de salut qui privilégie lextension de son influence, alors que la secte est un groupe contractuel qui met laccent sur lintensité de la vie et de ses membres.
" Ernst Troeltsh a poursuivi luvre de Weber et
souligné que lEglise est prête, pour étendre son audience, à sadapter à
la société, à passer des compromis avec les Etats. La secte, au contraire, se situe en
retrait par rapport à la société globale et tend à refuser tout lien avec elle, et
même tout dialogue. Elle a une attitude identique à légard des autres religions,
de sorte quen ce sens lcuménisme pourrait servir de critère pour
distinguer Eglise et secte. ".
Lapproche sociologique manifeste une conception ancienne, qui nest plus dactualité mais qui montre que le " problème secte " est, lui, un phénomène dactualité. La seule idée intéressant à retenir serait que lcuménisme pourrait servir de critère pour distinguer Eglise et secte. Mais il faudrait ajouter à celle-ci la condition de ne pas considérer une dite religion comme toujours une religion au temps présent parce que dans un temps passé elle sest comportée comme une religion et non comme une secte, et inversement, ne pas considérer une dite secte comme toujours une secte au temps présent parce que dans un temps passé elle sest comportée comme une secte et non comme une religion. Ainsi, lEglise catholique ne peut pas être considérée comme lEglise des Croisades ou comme lEglise de lInquisition, de même que la France républicaine ne peut pas être considérée comme la France napoléonienne ou comme la France gauloise, de même que le communisme de la Russie actuelle ne peut être considéré comme le communisme sous Staline ou comme le communisme imaginé par Marx. Il y a parfois eu des comportements sectaires, parfois eu des comportements religieux, mais ce qui est important à lheure daujourdhui, cest découter à quelle époque se réfèrent et sidentifient par exemple les religions actuelles : sil sagit dune époque où elle se comportait en secte, alors il est en droit de sinterroger sur son comportement actuel. Même remarque pour les références et lidentité historique de la France. Même remarque pour les références et lidentité idéologique du communisme. Ce ne sont évidemment que des exemples ; on pourrait en citer bien dautres.
" C) Lapproche fondée sur la dangerosité des sectes
" Le terme " sectaire ", apparu, lui, au cours des guerres de religion, est emprunt dune forte connotation péjorative. Il est appliqué au membre dune secte caractérisé par son intolérance, son adhésion aveugle, son étroitesse desprit. La langage moderne a été fortement marqué par cette connotation péjorative : de nos jours, le terme " secte " fait référence à des mouvements religieux ou pseudo-religieux dapparition récente, minoritaires, sécessionnistes ou non.
" Le débat sur les " sectes dangereuses " ou les " dérives sectaires " a encore accentué laspect péjoratif du concept.
" Plusieurs personnalités entendues par la Commission ont développé devant elles des approches de la définition des sectes fondées sur la dangerosité des mouvements. Lune dentre elles a formalisé ainsi le résultat de cette démarche, en donnant comme définition des sectes :
" Groupes visant par des manuvres de déstabilisation psychologique, à obtenir de leurs adeptes, une allégeance inconditionnelle, une diminution de lesprit critique, une rupture avec les références communément admises (éthiques, scientifiques, civiques, éducatives), et entraînant des dangers pour les libertés individuelles, la santé, léducation, les institutions démocratiques.
" Ces groupes utilisent des masques philosophiques, religieux ou thérapeutiques, pour dissimuler des objectifs de pouvoir, demprise et dexploitation des adeptes. ".
" Dans une telle optique, laccent est mis en outre sur le
caractère insidieux de la dérive sectaire, car il est difficile de tracer une frontière
entre le fonctionnement " légitime " et la zone dangereuse, cest-à-dire
entre :
" On mesure à quel point il est, dans ces conditions, difficile de raisonner de manière objective, de se situer entre la banalisation et la diabolisation, entre la cécité et la tolérance abusive dune part, la suspicion généralisée, dautre part : cest pourtant cette voie qua choisi la Commission. ".
Cest aussi notre pari, à cette différence près : nous nous attacherons moins à laspect légal de la secte quà son fonctionnement et à sa signification socioculturelle. Nous nous inscrivons en effet dans un courant de la psychosociologie qui veut quun événement ne naisse jamais seul : il existe des causes sociologiques à lémergence dun mouvement (service supplémentaire, trou juridique, conséquence économique, réaction dun groupe socioprofessionnel, initiative politique, révolte ou révolution ), des raisons à son succès (mode, au bon moment au bon endroit, faveurs médiatiques, leader charismatique, performance, rentabilité, exploitation, aides, spéculation ), des particularités psychologiques chez ses partisans (manque, besoin, désir, fragilité, babyboom, conflit de générations, revendications ethniques ). La société est alors considérée comme un écosystème, un environnement vivant, non pas dépendante mais interdépendance, où chaque individu, où chaque organisation, chaque organisme enfin, sinfluence réciproquement. On ne peut pas toucher à lune des manifestations du social sans influencer lensemble du système : cest la loi des dominos, la loi du chaos appliqué à une société, déjà une mini-mondialisation. La diversité du système permet seule de ne pas sapercevoir de sa complexité : de par la loi de cause à effet, chaque action, chaque non-action même, participe de la vitesse de changement de notre société. Certains phénomènes ont évidemment moins dampleur que dautres, mais ils ont tous dépôt quelque part, ne serait-ce que dans la mémoire, dans linconscient dun individu. Ce constat est celui dune impossibilité de connaître le dénouement dun phénomène social, ses extensions proches et lointaines, ses conséquences sur les autres phénomènes, sur les individus. Mais ce constat ne doit pas empêcher dagir : nous ne connaissons pas notre avenir, ni les conséquences quauront eu nos paroles sur les actions dautrui, et pourtant nous continuons à vivre, sans se poser de questions. Il suffit juste den prendre conscience.
Ainsi, il est évident que de perpétuer une conception péjorative du mot " secte " finira par engendrer une nouvelle acceptation du mot, par opposition à une acceptation ancienne et devenue caduque. Ce mot change en même temps que dautres mots sutilisent (mots savants, mots techniques, mots du show-business, mots de la mode, mots de largot ) et que dautres soublient (et même des expressions, même des proverbes). Nous assistons ainsi à la modification même de notre langue. Nous y participons, même. Il en est de même de la culture comme phénomène social. Il est ainsi des institutions et des associations. Il est donc ainsi des religions et des sectes. Quy a-t-il là détonnant ?
Le faible portée de ce mémoire, je ne loublie pas, ne risque pas de bouleverser la langue, la culture, le monde, lunivers Mais au moins peut-on le considérer comme une manifestation dune pensée ethnologique, dune pensée universitaire, dune pensée de la jeunesse, et dune pensée issue et composée de tous les autres groupes, plus ou moins conséquents, auxquels jappartiens. On noubliera pas non plus de considérer cet ensemble de paramètres comme étant uniques, propres à lindividu que je suis, et pourtant ne me définissant ni individuellement ni par leur ensemble : ma pensée est unique, ma façon de lexprimer est unique, mon vécu est unique, il ne sera jamais plus vécu par quelquun dautre, la minute que je vis, au moment où je lis, et vous lecteur, la lisez, est elle aussi unique, et dans le passé, et dans le futur. Pourtant, cette minute contient toutes les minutes du monde, ayant existé ou existant un jour, étant donné quelle nest quun récipient, condamné à se remplir dévénements, étant donné aussi que le temps où elle sinscrit est toujours le temps présent. Cela signifie que ma pensée est une pensée parmi dautres et quelle sera toujours pensée après que je lai pensé : lutilisation que jen fais de la détruit pas, elle la vide seulement de son contenu pour le remplacer par un autre. Ainsi, après avoir tapé ces mots, je tape dautres mots, mais je continue de taper. Celui qui parle manifeste sa capacité de parler en même temps que sa parole, certes, mais cette capacité, qui ne peut exister dans labsolu - que si elle est utilisée, dans labsolu, est pourtant potentiellement plus importante que les propos mêmes qui peuvent émerger delle, puisquon sera tous daccord : la phrase qui vous lisez aurait pu être exprimée autrement, avec dautres mots, sur un autre ton peut-être, et donc, notre capacité commune à la parole écrite ou parlée est plus importante que nimporte laquelle des phrases quelle peut manifester. Personne ne troquerait, je crois, sa capacité de parler contre une phrase, quelque soit sa beauté, son intelligence ou sa longueur. Transposé au phénomène culturel, ce phénomène " linguistique " incite à penser que lévolution possible de la culture, ne serait-ce que par sa transmission, sa reformulation dune génération à lautre, sa nouvelle compréhension, est plus importante que nimporte quelle culture prise à un endroit, à un instant donnée. Ce serait comme vouloir troquer sa vie (entière), et les surprises quelle recèle encore, contre un instant quelconque de son passé. Il existe évidemment des moments plus doux, des cultures plus heureuses, mais la vie, comme la culture, est mouvement : vouloir la fixer, cest vouloir la tuer.
Il y aurait encore beaucoup à dire, mais si jai pu faire comprendre la double notion philosophique dinterdépendance et de " condition dynamique ", je serais heureux daboutir, en votre compagnie, à lidée dune culture chaotique, totalement déséquilibrée en apparence, puisque sujette à toutes sortes dinfluences, mais en cela même remarquable parce que dans sa globalité, géographique ou temporelle, la vue densemble est beaucoup plus harmonieuse que la réalité vécu : il est donc impossible de prévoir à court terme. Or, par nécessité vitale, nous vivons dans le court terme. Cependant, des savants, comme feu Isaac Asimov, ont considéré le long terme, et il en est ressorti une théorie, la psychohistoire. Celle-ci voudrait, mais ce nest quune théorie, que lon puisse mathématiquement prévoir le mouvement global dun système, plus ce système est vaste, plus lépoque observée est lointaine, à condition, évidemment, davoir un maximum de paramètres ou de connaître, au minimum, ses inconnues. Et ce, parce que le nombre de possibilités, pour chaque élément donné, est limité : la réalité nest donc ni un chaos, ni une synthèse, mais une symbiose dont lévolution peut suivre x possibilités mais ne peut pas suivre une infinité de possibilités. Cet x a la capacité de se multiplier par lui-même, au fur et à mesure que la société va saccroître si elle saccroît , mais la complexité mathématique du problème nenlèvera rien au fait que les possibilités sont limitées, et donc que le système reviendra à certaines de ses combinaisons initiales après un certain nombre de cycles, de détours et de formes plus larges quil aura prises. On résume cette théorie à ceci : on ne peut pas prévoir ce quun individu va faire demain, mais on peut prévoir ce que mille hommes feront dans mille ans. Le tout, évidemment, est de ne pas se limiter aux formes. Cela plonge nécessairement les prévisions dans un certain flou, pour ne pas dire un flou certain. Cest pour cela que cette théorie nest quune théorie.
Si vous me suivez toujours, et si lon prend en compte cette théorie, alors nous aboutirons à la conclusion quil nest pas fondamental dêtre un individu responsable des conséquences de ses actes, de ses dires et de ses pensées. Les conséquences pouvant sétendre à linfini, devenir imprévisibles, sa responsabilité serait infinie donc imprévisible à déterminer, elle aussi. Or, lêtre humain na rien dinfini (sinon il ne serait pas juste humain), il est au contraire prévisible, à condition de le considérer uniquement que pour ce quil est : une manifestation du réel conditionné par le social et par la psychologique. Un criminel est donc responsable de son acte, de sa conséquence immédiate, mais pas plus des conséquences lointaines que des causes originelles : le fait dêtre né à tel endroit, à telle époque, avec tels parents. Puisque nos x possibilités intellectuelles, physiques et affectives ne nous permettent pas denglober lensemble de la réalité socioculturelle, il faut admettre que cest donc cette dernière qui nous conditionne pour la majeure partie de nos comportements intellectuels (nos opinions), physiques (nos actions) et affectives (nos goûts). Cest la question de la liberté déjà posée : le libre-arbitre nest peut-être pas là où on le manifeste.
Attention cependant, je ne prétends pas conclure - ou pire, inviter - à la disparition de cette notion primordiale, voire incontournable, de la responsabilité sociale, mais je tends à effacer son aspect psychologique, particulièrement pervers : la culpabilité. La psychanalyse a déjà beaucoup traité ce sujet, mais elle a abouti à la conclusion quelle était nécessaire à la constitution de la personnalité (la culpabilité, pas la psychanalyse). Ce qui est beaucoup présumer du rôle positif de la culture sur lhomme. Dans lidée, ce nest pas la culture qui rend libre ou conscient - lhomme : la culture nest que le moyen de sa manifestation, cest-à-dire tout. Notre mémoire est certes fondée par notre vécu, par notre environnement, donc pas notre culture, et cette mémoire influence notre personnalité, par le biais de linconscient, mais il existe une limite au social. Deux enfants, deux jumeaux, qui ont vécu le même moment, au même moment, ne lauront finalement pas vécu de la même manière, et ils transcriront lévénement différent, via leur personnalité. Deux individus ne peuvent pas avoir exactement la même personnalité, de même que deux objets ne peuvent pas être exactement semblables : cest une loi de la physique. Ainsi, il existe une part de la psychologie qui est indépendante de la culture. Cette personnalité ou cette psychologie de base contient lensemble des possibles : il sagit de notre x culturel appliqué à " lesprit ". Il pourra se démultiplier grâce aux événements, prendre une infinité de formes, chaque forme dépendant du contexte nouveau, mais finalement, la pensée humaine reste une pensée humaine, avec ses x visions du monde, ses x façons de résoudre un problème, ses x manières dappliquer sa solution, ses x grammaires (voir la théorie de la grammaire mentale du linguiste Chomsky) Or cest justement parce quil existe un fond commun derrière ces formes que notre fond commun permet de reconnaître dans tous les autres êtres humains des êtres humains à part entière ; cest celui-là aussi qui nous permet de communiquer avec lui, dapprendre son langage, de lui apprendre le nôtre et de construire quelque chose ensemble. Tous les problèmes sont justement venus quon ne considérait que la forme, laspect ou lapparence.
Si lon accepte cette troisième théorie, légèrement plus confirmée que la précédente, on doit aussi admettre deux de ces conséquences. Premièrement, lêtre humain est aussi imprévisible et aussi prévisible que la société lest ; il est comme les phénomènes sociaux quil engendre : un rouage minuscule, mais sans lequel lensemble du système ne serait pas ce quil est. Deuxièmement, les possibilités quil manifeste étant finies (en nombre et en effet), mais dans un agencement potentiel infini, linfinité des réactions quil engendre, par ses actions, par ses paroles ou juste par sa présence, dépasse ce quil est capable dimaginer, de penser, de réfléchir ; il ne doit donc pas être tenu responsable de ce quil nimaginait pas, et ce, parce quil ne pouvait pas limaginer la preuve étant quil ne la effectivement pas imaginé. Nous parlons ainsi souvent des limites du corps, de lesprit ou de la science de lHomme, mais rarement de ses possibilités : il sagit dune longue chaîne de possibilités, qui se répètent sous différentes formes, dans différentes intensités. La vie comme la société, peut être imagée elle aussi comme une longue chaîne dévénements possibles, mais répondant toujours à certaines lois. En linguistique, on sait déjà que les langues névoluent pas seulement en sapprochant lune lautre, mais quelles évoluent daprès certaines lois qui sappliquent sur les intentions, en particulier, et transforment la langue de manière cyclique, et non pas chaotique. Le cadre où sinscrivent les langues est donc celui du langage : leurs différences ne sont des lois appliquées différemment, il ny a donc que des différences superficielles, il ny a donc que des lois. Ces " lois " peuvent être appelées critères, concepts, vérités, réalités ou dieux, peu importe, elles sont valables pour tous les domaines que lon peut formuler. Par exemple, si je définis le domaine de la religiosité, je dois admettre quil existe des cas où elle sexprime positivement et dautre fois négativement, parfois en évoluant, dautre fois en régressant, et enfin quil existe un nombre infini de religions (de formes) où elle pourra sexprimer à condition que le temps soit infini. Lun de ses aspects sociaux se nomme " religion ", lautre se nomme " secte ". Si nous utilisons ce dernier terme dans son sens actuel et péjoratif, on aura enfin les deux tendances religieuses manifestées, mais interdépendantes.
Que cela signifie-t-il enfin ? Que la frontière entre le fonctionnement " légitime " et la zone dangereuse est la seule réalité. La religiosité sexprime simplement sous différentes formes, elle est parfois religion, parfois sectes, et là jutilise ce mot dans léventail de ses sens. Limprécision nest donc pas la manifestation dune idée confuse, mais dun concept changeant. Le mot " secte " évolue parce que les sectes évoluent elles aussi, et pourquoi évoluent-elles ? Parce que la religiosité évolue, quelle glisse de la religion vers la secte péjorative. Pourquoi la religiosité évolue-t-elle alors ? Parce que se décline en fonction dun certain nombre de lois précitées. Comme elles sappliquent de manière cyclique, elles contiennent dans leur déclin le potentiel même de leur amélioration future. On en a déjà une trace dans le fameux " retour du religieux " : le sentiment nest pas mort, il nest pas non plus devenue crédulité ou faiblesse, il est simplement au plus bas du cycle ; il ne peut que remonter. Et comme ces lois qui nous intéressent, celles de la religiosité, sappliquent ici de manière sociale, qui plus est, elles entrent en interaction avec tous les autres phénomènes sociaux, cest-à-dire avec tous les autres cycles quaniment dautres lois. Cette théorie, cette idée, cet essai philosophique ou sociologique, au choix, navait pour dautre but que de montrer quil est vain de vouloir arrêter le processus actuel de " sectarisation " du phénomène religieux, cest-à-dire de sa dégénérescence, puisque ce serait se référer à dautres formes de la religiosité qui ne réapparaîtront plus. Cela ne signifie pas non plus, comme nous lavons précédemment relevé, quil ne faut pas agir. Mais ce nest pas en combattant le phénomène, en désirant le conserver, le fixer, cest-à-dire le tuer (voir plus haut), quon vient à bout de la résistance : cest plutôt en admettant que cette résistance est un dynamisme, et que cette dynamique tend à emporter le phénomène vers une autre forme, tout aussi positive que la première. Les sectes manifestent la période de changement, elles sont comme des mauvaises herbes, et les religions, sous leur forme actuelle, comme un bon fumier. Une nouvelle conception des religions, de la religiosité, plus abstraite encore, est peut-être en train de naître ou à concevoir. Cest donc, et seulement, en simpliquant dans ce processus, en sintéressant et en favorisant les questions dites religieuses, que lEtat, et conséquemment la société tout entière, devrait pouvoir affronter le problème. Autrement dit : il devra apprendre à gérer, à réguler même, le phénomène de la religiosité, de la croyance en général, ce qui revient presque à renouer le lien défait entre Etat et Eglise. Presque, car, pour rester dans cette logique, une même forme ne pourra pas se reproduire : cette gestion sera donc peut-être superficielle ou générale. Linstruction religieuse, lanthropologie religieuse, laide à lcuménisme, la construction dun lieu de rencontre des cultes, la création dun institut pour létude de lAncien Testament par les juifs, les chrétiens et les musulmans (qui lont tous en commun) seraient peut-être des initiatives revalorisantes, aptes à détourner les curieux et les intellectuels de ces mauvaises sectes.
Comment en suis-je arrivé là ? Simplement à partir dune idée : que tous les phénomènes sociaux devaient avoir un rapport avec lensemble dont ils faisaient partie. Les sectes pouvaient donc aider à nous éclairer dans notre perception de la société ; la nouvelle conception du mot pouvait donc avoir un lien, si minime soit-il, avec lensemble des changements, rapides, que provoque la mondialisation ; le concept de " danger " qui le transformait pouvait donc avoir un rapport, même lointain, avec la crise des valeurs de notre modernité ; etc.
A défaut davoir convaincu quiconque, y compris moi-même, continuons : dautres éléments viendront peut-être confirmer, ou infirmer, cette vision des choses
" D) La conception retenue par la Commission
" La Commission a, en effet, constaté que si la difficulté à définir la notion de secte a été soulignée par toutes les personnalités quelle a entendues, la réalité visée semble unanimement cernée, sauf naturellement par les adeptes et dirigeants des sectes qui nient ce caractère à leur groupement (tout en pouvant le reconnaître à dautres) et préfèrent évoquer les termes d " Eglises " ou de " minorités religieuses ".
" (
) Parmi les indices permettant de supposer léventuelle
réalité de soupçons conduisant à qualifier de secte le mouvement se présentant comme
religieux, elle a retenu, faisant siens, les critères utilisés par les Renseignements
généraux dans les analyses du phénomène sectaire auxquelles procède ce service et qui
on été portées à la connaissance de la Commission :
" [La Commission] a été consciente que, ni la nouveauté, ni le petit nombre dadeptes, ni même lexcentricité ne pouvaient être retenus comme des critères permettant de qualifier de secte un mouvement se prétendant religieux : les plus grandes religions contemporaines ne furent souvent, à leurs débuts, que des sectes au nombre dadeptes réduit ; bien des rites établis et socialement admis aujourdhui ont pu à lorigine susciter des réserves ou des oppositions. ".
Les critères susnommés ne se placent pas tous au même niveau : certains sont des conséquences, dautres en englobent plusieurs. Ils sont, évidemment, parfaits pour décrire une secte du point de vue légale, économique, bref comme toute entreprise. Mais nous tâcherons den trouver dautres, plus acte à rendre compte du phénomène de lintérieur, dans son fonctionnement et dans sa propagande.
La Commission parlementaire finit par une opposition classique
secte/religieux, et parce quelle narrive pas définir la première, elle
détruit celle de la seconde. La " religion ", le mot est pourtant bien établi,
et tout le monde croit savoir de quoi il sagit. Il ny a pas, comme pour la
secte, de doute, même si la définition du mot ninclut pas le jugement très
variable (positive ou négatif) quon peut avoir sur elle. Au regard de limportance,
pour ne pas dire le succès, que prend le phénomène " secte ", on comprend que
les institutions traditionnelles puisse défaillir, et avec elle lacceptation toute
aussi traditionnelle quon a du mot. Nous cherchons à savoir, dans la partie
suivante, sil est vraiment besoin de redéfinir aussi ce terme, ou bien sil
suffit de trouver une limite adéquate au mot " secte ".
Entre secte et religion
Lexistence de dérives religieuses, dont font partie les sectes, mais aussi les évangélisations forcées, le racisme religieux, les croisades, les djihad, lautodafé, le fanatisme, ne sont-elles pas des conséquences regrettables, mais possibles, des maux nécessaires à lexistence même de la religion, cest-à-dire de la religiosité manifestée sous une forme communautaire ? Ce nest pas parce quil existe beaucoup, de plus en plus de ces dérives quil faut éliminer lidée de religiosité pour autant, même si lidée de religion peut-être mise à mal. Lidée est vieille, sans doute contemporaine aux crises sociales, peut-être même indéniablement liée à la contingence de lhomme et de la société, que de dire quune partie ou la totalité de ses malheurs comme le voulait Rousseau provient de la " société ", de lensemble des institutions, religieuses et autres. Il y a un slogan tout fait à ce sujet, le slogan anarchiste : Ni dieu, ni maître, ni nationalité. Est-ce seulement réaliste ? Est-ce seulement humain ? Ne sommes-nous pas des êtres sociaux ? La culture est-elle autre chose que notre reflet, la société autre chose que notre regroupement, la langue autre chose que le milieu où nous communiquons ? Ce sont pour ces raisons, précisément, les sectes sont craintes, haïes ou tout simplement dangereuses : parce quelles se retournent contre le social, donc contre lhumain. Leur réalité nous gêne. Il faudra admettre, pourtant, que les religions, il en existe partout et il en existera toujours, parce que lhomo socialis que nous sommes trouve tout " naturel " de manifester sa religiosité au travers dune communauté. Le terrain de bataille se réduit alors au terrain social. Il reste cependant une dernière étape à franchir : où placer la frontière entre secte et religion ? Michel Malherbe tente de répondre à cette question dans son livre, Les Religions de lHumanité (Criterion) :
" ( ) On pourrait plus valablement choisir un autre critère qui est le suivant : une secte est un mouvement dont les pratiques sortent de lordinaire au point dêtre objets de scandale ou de ridicule pour lécrasante majorité des gens, croyants ou incroyants. Ainsi, détacher les enfants de linfluence de leurs parents ou refuser certains soins médicaux seraient des manifestations de sectes. Ces critères, fondés sur ce qui paraît être une certaine bizarrerie plus ou moins dangereuse de comportement sont également discutables et imprécis. A la limite, le jeûne du Ramadan ou le refus de la pilule contraceptive paraissent-ils aujourdhui bien raisonnables selon de tels critères ?
" Dautre part, toute doctrine de caractère religieux ou philosophique nexerce-t-elle pas une forme de pression sur lesprit de celui qui létudie ? Nest-ce pas un scandale pour une famille incroyante ou athée que davoir un enfant qui veut devenir prêtre ou religieux ?
" Sans vouloir céder à lhabitude bien française de tout classer systématiquement, le critère qui semble le mieux caractériser lidée que lon se fait dune secte est le détournement de la croyance des fidèles au profit dobjectifs qui nont rien de spirituel, par exemple : largent, lambition personnelle, la politique
" Certains objecteront que beaucoup de religions vénérables,
si ce nest toutes, ont été un jour ou lautre sensibles à de tels attraits
mais il sagit là plus de récupération par des ambitions extérieures que dun
objectif délibéré de la religion. Cest dailleurs pourquoi tous les
mouvements qui ont, en fait, ces buts inavouables se gardent bien den faire été et
se drapent dans la pureté de leurs intentions religieuses. ".
Existe-t-il un moyen fiable de distinguer une religion dune secte ? Les critères extérieures, comme le nombre dadeptes, les interdits, lopinion générale ou lintérêt pour largent à un moment donné ne sont pas suffisants pour juger dune ou plusieurs doctrines, parfois centenaires, parfois millénaires.
Ainsi, quen est-il de la " secte " des Témoins de Jéhovah ? Vous en avez déjà sûrement rencontré : ils se déplacent deux pas deux et viennent sonner à votre porte pour " parler de Dieu ", et à défaut, ils vous donnent une revue dapparence catholique. Leur " évangélisation " intensive est expliquée par la croyance au Jugement Dernier, sans doute imminent, et ils veulent sauver les âmes (par la foi). Les Témoins de Jéhovah se sont constitués en référence à un passage de lApocalypse de Saint Jean où il est question des " témoins de Dieu " qui survivront à la fin du monde. Ils ont une interprétation littérale de la Bible et à cause de cela interdisent le don du sang et les transfusions, car le mélange des sangs est impur. On connaît des enfants qui ont failli mourir ou qui sont morts à cause de cela. Il y a cependant eu des cas où les parents ont fini par accepter la transfusion. Doit-on condamner la pratique, et avec elle toutes les doctrines qui laccompagnent ? Est-ce une secte à cause de ce tabou, ou une religion dont lun des interdits va à lencontre de son premier principe : sauver lhomme ? Pour éviter ce type daccusation, les Témoins de Jéhovah ont aidé à développer des techniques permettant déviter les transfusions. Il y ait fait mention dans le Courrier International de la semaine du 12 au 19 mai 1999 (n° 445), et plus précisément dans lActualité de Montréal (Valérie Borde) :
" Nombre de transfusions pourraient être évitées grâce aux techniques développées par les Témoins des Jéhovah, qui refusent cet acte médical en vertu de leurs croyances religieuses. Si les médecins connaissaient mieux ces méthodes, 80% de la chirurgie cardiaque seffectuerait sans transfusion, contre 30% aujourdhui affirme le Dr Todd Rosengard, un cardiologue new-yorkais spécialisé dans les interventions du cur sans transfusion. Une centaine de Témoins sont passés sous son bistouri. Quelques semaines avant lintervention, on prépare les patients avec des médicaments comme lérythropoïétine (EPO). Cette substance, qui accroît le nombre de globules rouges et réduit les risques danémie, est bien connue de certains cyclistes du dernier Tour de France ! Des dispositifs permettent ensuite de limiter les pertes pendant lopération. Un " recirculateur ", par exemple, aspire le sang qui sécoule, le filtre, et, au besoin, le réinjecte.
" Selon les médecins, la demande dinterventions
chirurgicales sans transfusion saccroît depuis les scandales du sang contaminé.
Aux Etats-Unis, 75 hôpitaux se présentent comme bloodless centers [centres sans
transfusions sanguines]. Reste que les transfusions seront toujours utiles dans les
situations critiques. (
). ".
Ce dangereux refus de transfusion, même sil est en passe de devenir inoffensif, a cependant suffisamment choqué par les morts quil a provoqué pour quon jette un il différent sur ce mouvement, y compris à lintérieur même de celui-ci.
" ( ) Selon lAssociation des Témoins de Jéhovah pour la réforme sur la question du sang, cet interdit a déjà causé la mort de milliers dadeptes. Via un site web [http://www.visiworld.com/starter/newlight/index.htm], cette organisation demande aux Témoins de reconsidérer leur position. Selon elle, la doctrine actuelle, qui nautorise que certains constituants sanguins, est contradictoire et ne trouve aucune justification dans les écrits bibliques. ".
Un dogme religieux est dorigine divine, donc parfait par définition. Un tel désaccord a donc la capacité dengendrer une remise en cause totale du système. Une secte dont le but serait purement lucratif ne commettrait pas une telle erreur. Alors : ou bien ses fondateurs ont instauré cette règle de bonne foi, ou bien sagit-il de fous capables de propager leur folie. Les milieux chirurgicaux semblent pourtant tentés de partager leur tabou : après le sida, le scandale du sang contaminé, les imprudences de la plasmaphérèse et les incertitudes du fluosol (le sang artificiel), on pense à manipuler lhémoglobine avec ce grand respect quinspire la peur. Le sang a toujours été chargé dun fort symbolisme, mais aujourdhui il renaît, et avec lui renaît le mythe du vampire dans les salles de cinéma. Je rappelle au passage que le vampire a une apparence humaine (indétectable), quil se nourrit de sang (via le sang), quil séduit (le sexe), quil tue lentement certaines de ses victimes et quil peut en contaminer dautres comme le sida. Ces parallèles devraient suffire à expliquer le nouveau succès artistique du vampire depuis quelques années. Bram Stocker a en effet écrit son Dracula à une époque semblable à la nôtre : la murs sexuels des grandes villes étaient particulièrement " libres " et il sévissait en même temps une maladie transmissible par le sexe et par le sang : la syphilis. Citons les effets, ou les symptômes, de ce renouveau : le Dracula de Ford Coppola et sa réédition en livre de poche (Jai Lu) ; la célèbre trilogie dAnne Rice sur le vampire moderne, Entretien avec un Vampire, Lestat le Vampire, La Reine des Damnés (et leurs suites), le film qui en est inspiré, Entretien avec un Vampire (avec Brad Pitt, Tom Cruise et Antonio Banderas) ; Blade (avec Whisley Snipes) et de nombreux autres films à succès, sortis les uns après les autres et ce sans compter les produits dérivés. Ni Coppola, ni Anne Rice, pas plus que les Témoins de Jéhovah ne sont les instigateurs de cette " révolution symbolique du sang ", de lenrichissement de ses connotations. Le VIH pourrait avoir été le facteur déclenchant, mais si les médias et les artistes navaient pas un tant soit peu fantasmé sur le sujet, le sida aurait continué à progresser, il aurait tué plus encore, et lorsquenfin le public laurait su, avec le sentiment de lavoir su trop tard (comme dans le scandale du sang contaminé), il aurait de même été trop tard pour évacuer cette crainte dans la catharsis artistique, et le symbole, là, aurait pu effectivement se transformer en tabou. Puisque cela ne cest pas produit ainsi (le contexte ne le permettait pas), le tabou effectif des Témoins de Jéhovah reste encore grandement incompris. Peut-être avec raison
Les Témoins de Jéhovah ont aujourdhui et très souvent limage péjorative dune secte, dune très grande secte. Sa taille en soi constitue un caractère aggravant. Jai cependant recueilli des témoignages contradictoires : certains dentre eux - danciens membres - décrivent manifestement une secte, qui vous coupe de votre famille, qui vous exploite et qui vous ruine, tandis que dautres des membres ou des sympathisants parlent de leurs nouveaux amis, de leur enrichissement spirituel et du travail quils ont pu trouvé grâce à un réseau de relations interne. Ajoutons que les Témoins de Jéhovah ne se marient quentre eux, que leurs adeptes se doivent dacheter des magasines, verser une part de leurs revenus au culte, mais quen même temps, ils se réunissent et échange des idées sur la religion, font de véritables recherches théologiques Dernièrement, un émission (La vérité oblige) débattait du sujet : Témoins de Jéhovah, secte ou non ? Les uns, personnes privées, considéraient la " déstabilisation sociale " due aux rendez-vous hebdomadaires, certains soirs de la semaine et tous le week-end. Les autres, de la SOFRES, prétendaient navoir rien découvert danormal. Du moment où les membres étaient libres et heureux, il ny avait rien à redire. Mais chacun a sa conception de la liberté et du bonheur, alors comment considérer labsence de vie sociale extérieure, du moment quil en existe une à lintérieur ? Pour donner un autre exemple, les Mormons ne peuvent rien faire, rien décider, sans en référer à leur supérieur, en sachant que chaque supérieur sen réfère encore à la hiérarchie, jusquaux plus hauts sommets. Nest-ce pas un peu abusif ? Quelle est la limite à ne pas dépasser ? Quelles sont les caractéristiques de la religion ? Doit-on la définir par la négative, par ce quelle nest pas ? Dans ce cas, la définition de la secte devrait aider à définir la religion. Car il ny a que deux possibilités, ou bien les Témoins de Jéhovah forment une secte, ou bien il sagit dune religion. Cest le doute, la suspicion qui utile pour la secte, et néfaste pour la religion.
Les sectes imitent les religions, nous sommes daccord, mais les religions aboutissent parfois à des débordements sectaires. Ainsi, il est possible quune religion ait, à certains moments, dans certains lieux, de mauvais dirigeants, et dans dautres de bons. Il est aussi possible que des sectes contiennent certains " prêtres " ou certains " chamans " aussi sincères que leurs fidèles. Le problème est quil nexiste aucun moyen de vérifier et de légiférer sur ce phénomène. Au nom de quoi devrait-on condamner la foi ? Qui sommes-nous pour détenir la vérité absolue ? Doit-on rappeler que ce sont précisément les états dictatoriaux qui interdisent les religions, comme tout autre forme de réunion ? Les exemples de lhistoire sont trop nombreux : lInquisition contre les hérétiques, lURSS contre lEglise et contre le chamanisme en Mongolie ; la Chine contre les monastères tibétains. A moins que le pouvoir soit de type théocratique. A moins quune alliance ne se fasse
Lidée est à la mode est que toutes les religions ont été des sectes à leur commencement. Ce qui gendre deux possibilités, non encore - exprimées : que toutes les religions sont des sectes, ou que toutes les sectes deviendront un jour respectables. Mais cest généraliser à défaut de comprendre. Du moment où la justice dun pays est appelée à laide dun citoyen ou dune famille, la religion implantée sur le sol national ne devrait-elle pas répondre à un minimum de lois, de règles, de critères enfin, dans le simple respect dune culture étrangère ? Sans quoi il y aurait atteinte à cette dernière, et à vouloir imposer un fonctionnement aliénant à ses membres, cest bel et bien un comportement agressif, bref une déclaration de guerre contre les lois dune nation. Pourtant interdire définitivement une église qui a place publique, nest-ce pas linciter à opérer illégalement, et donc dêtre plus enclin encore à lextrémisme ? A quel nombre de plaintes doit-on faire dune religion une secte ; à combien de condamnations doit-on linterdire ? Les individus qui se disent heureux à lintérieur dune communauté qui les coupe de tout, de leur argent et de leur famille, sont-ils heureux par eux-mêmes ou parce quon les en convainque ? Quel est la part du conditionnement et de la propagande ? Tout système social génère ses propres valeurs, comme chaque culture génère ses propres référents, comme chaque langue génère son propre vocabulaire. Il y en a cependant qui permettent lépanouissement, la liberté, la créativité, etc. Dautres, apparemment, et aussi paradoxale que cela puisse paraître, dautres systèmes, ici des systèmes religieux, produisent des gens heureux, mais dénués de toute personnalité. Il est effectivement possible de rendre tout le monde heureux, dès demain : il suffit de leur faire avaler certaines drogues. Le Meilleur des Mondes dAldous Huxley mériterait dêtre relu ; voici un extrait de sa préface de 1946 :
" ( ) Cest là une chose inévitable : car lavenir immédiat a des chances de ressembler au passé immédiat, et dans le passé immédiat les changements technologiques rapides, s'effectuant dans une économie de production de masse et chez une population où la grande majorité des gens ne possède rien, ont toujours eu tendance à créer une confusion économique et sociale. Afin de réduire cette confusion, le pouvoir a été centralisé et la mainmise des gouvernements accrue. ( ) Seul un mouvement populaire à grande échelle en vue de la décentralisation et de laide individuelle peut arrêter la tendance actuelle à létatisme. Il ny a présentement aucun indice permettant de penser quun semblable mouvement aura lieu.
" Il ny a bien entendu, aucune raison pour que les
totalitarismes nouveaux ressemblent aux anciens. (
) Les plus grands triomphes, en
matière de propagande, ont été accomplis, non pas en faisant quelque chose, mais en sabstenant
de faire. Grande est la vérité, mais plus grande encore, du point de vue pratique, est
le silence au sujet de la vérité. En sabstenant simplement de faire mention de
certains sujets, en abaissant ce que Mr. Churchill appelle un " rideau de fer "
entre les masses et tels faits ou raisonnements que les chefs politiques locaux
considèrent comme indésirables, les propagandistes totalitaires ont influencé lopinion
dune façon beaucoup plus efficace quils ne lauraient pu au moyen des
dénonciations les plus éloquentes, des réfutations logiques les plus probantes. Mais le
silence ne suffit pas. Pour que soient évités la persécution, la liquidation et les
autres symptômes de frottement social, il faut que les côtés positifs de la propagande
soient rendus aussi efficaces que le négatif. Les plus importants des " Manahattan
Projects " de lavenir seront de vastes enquêtes instituées par le
gouvernement, sur ce que les hommes politiques et les hommes de science qui y
participeront appelleront le problème du bonheur - en dautres termes, le
problème consistant à faire aimer aux gens leur servitude. (
).
Cacher ses méfaits et faire croire au bonheur, voici les deux caractéristiques
(principales) des sectes, mais aussi de tout système totalitaire efficace (quil sagisse
dun état ou dune société). Seulement, comment déterminer, par exemple, le vrai
bonheur du faux ? Manifestement, le bonheur dun individu nest pas un
critère fiable sur son évolution : il peut régresser, sauto-détruire, et lavoir
même désiré. Pourtant, et cest là où cela devient vraiment compliqué,
tout le monde recherche le bonheur. Mais apparemment, il na pas la même définition
pour tout le monde. Cest comme le mot liberté : il sagit dun de
ces mots-bulles dont parlent les linguistiques, si vides de sens quon peut y mettre
nimporte quoi. Lexplication est simple pourtant : cest parce quil
sagit dun sentiment, et parce que les émotions sont indescriptible, on ne sentendra
jamais sur sa définition, cest-à-dire ses limites. Cela, pourtant, ne nous donne
toujours pas de solution, de réponse à la question : comment discerner une secte dune
religion ? Si cela même est possible.
La prévention
A défaut dune solution au problème de la définition, il existe peut-être une forme de solution à apporter au phénomène sectaire, quel quil soit. Michel Malherbe, lauteur des Religions de lHumanité (Criterion), propose ainsi un moyen de reconnaissance préventif : lapprentissage, à lécole, dun minimum de connaissances religieuses. Il ouvre une voie majeure à la comparaison, plus tard peut-être aux syncrétismes intellectuels, voire religieux. Mais cet esprit nest valable quà condition de nêtre pas influencé par son éducation, par les propos de ses parents ou de ses amis voire même par la professeur. Il devrait donc sagir, en toute spéculation, dune matière à part entière, et nom dune parenthèse
" Prenons une comparaison : lInstruction Publique explique quavant Copernic, lOccident croyait en lastronomie de Ptolémée, où la terre était fixe et le soleil était son satellite. Personne aujourdhui ne conteste lacquis de la science bien que le spectateur moyen de la télévision nait pas la moindre idée des arguments de Copernic ou de Ptolémée. Si, dans le domaine religieux, lInstruction Publique était capable de donner ne serait-ce quune information sur les différentes religions, leurs limites et les risques de déviations possible, les même spectateur moyen ne mettrait peut-être pas sur le même pied superstition et vie spirituelle, astronomie et astrologie Il sagit simplement déviter linfantilisme en matière religieuse en donnant à lhomme dès lenfance des éléments de jugement. Faute de quoi nous continuerons dêtre, dans ce domaine, un peuple dautodidactes ou dignorants. ".
Pour lauteur, les sectes seraient donc à la fois une conséquence de ce manque davertissements
et un caractéristique humaine mal exprimée. La " croyance " en effet, semble
aller de soi : on laisse libre les individus de choisir leurs croyances, de juger les
croyances dautrui et destimer leur propre croyance. Mais ils nont aucun
critère, pour aucun de ces points. A moins dy réfléchir, souvent à la suite dun
certain nombre de difficultés, le citoyen moyen portera sur la croyance, sur sa croyance
et sur celles de autres des jugements de valeur que lui auront fourni sont environnement
socioculturel : ses parents, ses amis, sa femme, sa famille éloignée, peut-être ses
collègues de travail
Du moment où il nexiste aucun travail scolaire qui
pousse à sinterroge sur les fondements de ses propres croyances, et sur limportance
effective quelles méritent, comment des enfants qui deviennent adultes
pourraient-ils juger, sans doute librement mais pas en toute conscience, de la valeur dune
nouvelle croyance, dune nouvelle secte ou dune nouvelle religion quon
leur propose ? Comment pourraient-ils faire la différence sils nont pas connu
ce qui est différent ? Comment peut-on sereinement parler de religion quand on ne
connaît que sa religion ou son absence de religion ? Cest justement pour résoudre
ce (nouveau) problème que nous étudierons par le détail les sectes ci-dessous. Ces
sectes sont représentatives par certains de leurs aspects que nous connaissons le mieux.
Mais la célébrité dune secte participe à sa perte : elles ne sont donc pas
représentatives des sectes les plus dangereuses, celles quon ne connaît pas
(encore). Cette précision avait son importance.
Hare Krishna : la très célèbre
Hare Krishna est avant tout une secte, et par-là même, formule le syncrétisme de la religion et de largent, pour ses créateurs, dune part, qui croient pouvoir faire fonctionner les deux (et qui semblent y réussir !), et pour ses victimes dautre part, qui croient pouvoir acheter leur salut à coup de milliers de francs, de dollars ou de yens
Les informations qui suivent nous sont données par Michel Malherbe dans Les Religions de lHumanité (Criterion) :
" LAssociation Internationale pour la Conscience de Krishna, selon le nom officiel du mouvement, ne donne pas dans la discrétion : ce sont ses zélateurs quon voit dans les grandes villes, en robe de saumon et le crâne rasé, répétant inlassablement au son dune musique lancinante une pieuse formule en lhonneur du dieu Krishna. Interrogés sur leur religion, ces pittoresques personnages vous assènent des vérités péremptoires apprises par cur qui laissent peu de place à la discussion. ( ) ".
Vus à place du Châtelet dernièrement (à Paris), ils avaient, quelques années auparavant, repris un magasin à côté de Jussieu (Denis Diderot, Paris VII) ; ils y vantaient les mérites dêtre végétariens avec de grandes pancartes colorées - mais ils ny sont pas restés longtemps, juste quelques mois.
" ( ) Il arrive ainsi quon rencontre dans des lieux publiques un aéroport par exemple un jeune " très bon genre ", normalement vêtu et garni de cheveux, qui essaie de vous placer de luxueux livres de spiritualité hindoue pour une somme symbolique laissée à la générosité du client. ( ) ".
Souvent, ces techniques de vente utilisées par les sectes sont " accrocheuses ", presque agressives. Donner un exemple de technique de vente utilisée par des individus qui semblent dabord bien innocents : des jeunes hommes et des jeunes filles, éloignés lun de lautre de telle manière quon croit quils sont seuls, qui vous proposent de vous donner une carte postale glissée dans une enveloppe, par exemple à la sortie de la Fnac : il savère que cest une vente pour aider (ça passe mieux que de dire : au profit de) les étudiants sans bourse, quil leur faut au moins une somme symbolique, puis, au moment où largent est dans leurs mains, il faut donner un minimum, plus élevé que ce que vous venez de donner et qui savère encore plus grand si vous voulez lenveloppe qui devait normalement aller avec, etc. Bref : ils vous font payer un maximum, ou bien encaissent votre monnaie, quand elle nétait pas assez nombreuse, sous la forme dun don, sans rien en échange A 20 Fr. la carte postale, cest finalement très rentable, surtout quand ces étudiants en question nexistent pas
On peut imaginer que les sectes utilisent les mêmes moyens, quand leur seule fin est largent.
" Il est curieux de constater ( ) que la Conscience de Krishna qui entend présenter la spiritualité hindoue la plus pure, est pratiquement inconnue en Inde, sauf pour le succès relatif obtenu en Occident, plus particulièrement aux Etats-Unis. Si lon interroge plus avant les hindouistes, ils se montrent, selon leur tempérament, ironiques ou agacés par ce succédané de leur religion transformée en produit dexportation.
" En effet, quoique lInde soit un terre dexubérance
religieuse et quon y trouve des doctrines très variées, celle dHari Krsihna
nest pas dune orthodoxie hindouiste parfaite. (
) Krishna est lun
des 10 avatars ou incarnations de Vishnou, qui est lui-même le dieu gardien de lordre
du monde. Cest donc par un raccourci osé que Krishna devient le Dieu suprême, plus
conforme à la culture chrétienne des pays visés par Hare Krishna. ".
Nous observons ici une certaine superficialité de leur doctrine, qui nest avant tout quun produit dexportation. Si on devait ajouter à la comparaison économique, on pourrait voir les religions comme des artisans, apportant beaucoup dattention à la finition, et les sectes comme des producteurs en gros, qui sortent leurs idées à la chaîne, quitte à copier parfois les produits de marque.
Cette superficialité induit le signe dun autre phénomène : le syncrétisme entre Krishna et Dieu. Ainsi, on saperçoit que les propositions dogmatiques dune secte ne sont que le reflet de notre propres attentes, un dieu unique, réactualisé, cest-à-dire remis à la mode. Or, la mode, précisément, est superficialité
" Le fondateur du mouvement, Sa Divine Grâce A.C. Bhakti Vedanta Swami Prabhupada, ne cache dailleurs pas quil recherche plus particulièrement ses disciples en Occident. Ce personnage, dont le nom réel est Abday Charan De, né à Ccalcutta en 1896 et mort à Londres en 1977, déclare être le 32ème gourou auquel a été transmis de génération en génération linitiation spirituelle de Krishna (cela donne une durée de vie moyenne de chaque gourou de plus de 150 ans, puisque Krishna, selon le mouvement, était sur terre il y a 5000 ans). Le prédécesseur dAbday Charan De, Srila Bhaktisddhanta Sarasvati Thakura, forme son élève de 1922 à 1933, date à laquelle il est initié dans les sciences védiques. Il continue de gravir les degrés spirituels du vishnouisme, fonde en 1944 la revue Back to Godhead, sembarque pour les Etats-Unis sur un cargo en 1965, convainc à sa cause lun des Beatles et multiplie les implantations de son mouvement dans différents pays : en 1970 en France et seulement en 1974 en Inde. Aujourdhui, le mouvement compte près de 120 centres, souvent un simple restaurant végétarien, dans 38 pays du monde. Les Etats-Unis seuls disposent de 32 centres et le Brésil de 6.
Nous relevons ici un autre syncrétisme : celui de lhindouisme comme doctrine et celui du végétarisme comme pratique. Or, on saperçoit que la pratique est plus suivie que la doctrine : encore une preuve de la superficialité de la secte. On pourrait sans doute élargir ces deux caractéristiques, le syncrétisme et la superficialité (ce qui est différent, rappelons-le) à lensemble des sectes, en ceci quelles se créent rapidement, quelles doivent donc prendre exemple sur les mouvements religieux qui fonctionnent (même sils sont en perte de vitesse), et quelles ne peuvent que les intégrer de manière superficielle, puisque justement elles manquent de temps, et puisque aussi ce nest pas leur but. Dans un secte, la forme compte plus que le fond : la forme est sensé vous séduire par son exotisme (les mots à la mode ; les expressions imagées ; les belles promesses), vous piéger par sa complexité (la hiérarchie sans fin ; les rituels qui empêchent de penser, les devoirs qui empêche davoir du temps libre ; la coupure progressif de son environnement pour être absorbé dans la communauté). Mais cela nempêche pas quelle veuille se donner limpression de savoir des secrets, de savoir la vérité, davoir un fond. Cest ainsi quelle produit beaucoup douvrages, de vidéos ou de conférences, pour donner limpression quelle a autant à dire :
" Cette organisation saccompagne de la production dune soixantaine de livres de traduction des textes védiques et de leurs commentaires : 80 millions douvrages, édités dans plus de dix langues auraient été vendus. Ces livres donnent une impression de sérieux, avec références au sanskrit et une présentation soignée. Pour être objectif, il faut reconnaître quun tel travail serait excessif sil ne sagissait pas dexploiter la crédulité de naïfs occidentaux. Il y a donc apparemment une certaine bonne foi dans cette croisade de Krishna en Occident. ( ) ".
Précisons cependant que ces textes sont souvent eux-mêmes victimes des sectes : les traductions sont mauvaises, simplifiées (superficialité), des expressions changent et certains passages sont censurés. Il en est ainsi de lEvangile distribué gratuitement par les Témoins de Jéhovah, appelé Bible des Gédéons et contenant un coupon-réponse à la fin de louvrage. Jen ai moi-même récupéré un lorsque jétais au collège : car, bizarrement, des individus que rien ne distinguaient distribuaient ces petits livres dans la cour même de lécole. On entend, parfois, que les Témoins de Jéhovah ne sont pas une secte, mais ils en ont les symptômes.
Mais les sectes ne doivent pas être considérées comme un maladie unique mais comme une famille de maladies, qui engendrent les mêmes problèmes de santé mais qui nont pas les mêmes symptômes. Cest ainsi que certaines sectes ont trouvé dautres filons de notre crédulité à exploiter, beaucoup plus subtils, afin déviter dêtre reconnues. Les médias, en effet, ne soccupent que des sectes aux images fortes, spectaculaires : Hare Krishna, Moon, les Enfants de la Lumière, lEglise de la Scientologie, le Temple Solaire, et toutes celles qui passent sous les feux de lactualité pour meurtres, maltraitance, viol, refus de soigner des enfants malades, division dune famille, escroquerie, etc. Mais dautres sectes uvrent plus discrètement, ou bien sont tellement dispersées, agissent tellement au coup par coup, quil ny a pas là de quoi révolter lopinion publique : mais le poison, même sil est administré à petite dose, finit toujours par tuer. La secte qui suit est de celles-là.
" ( ) Comme dans tout mouvement de cette nature, on y trouve des individualités originales : un médecin indien émigré aux Etats-Unis qui reprend ainsi racine dans lhindouisme ou un Noir américain converti qui shabille en gourou pour aller prêcher Krishna en Afrique. ".
Individualités originales, analysons : ces personnalités ne sont-elles pas reconstruites ? Et cette originalité, a-t-elle toujours un sens positif ? Il existe des manières originales pour se différencier, pour saméliorer ou pour se détruire. Elles ne sont finalement originales que pour nous : eux cherchent au contraire à effacer leur différences, en se fondant dans la communauté, en agissant au nom dun autre que soi, en se revêtant dhabits rituels et non pas dhabits choisis, etc.
" Cependant, les raisons ne manquent pas de sinquiéter de la pureté des intentions dHare Krishna : des affaires de trafic de drogue ou darmes ont été instruites aux Etats-Unis et en Allemagne fédérale, motivant linterdiction du mouvement dans certains pays. Mais cest surtout le style de vie proposé aux fidèles qui paraît peu compatible avec un développement harmonieux de la personnalité : les fidèles vivent en communauté et aucun moment nest laissé à leur réflexion personnelle. Quel que soit le caractère sacré de la prière à Krishna, répéter pendant des heures par jour le mahamantra :
" Hare Krishna, Hare Krishna, Krishna Krishna, Hare Hare, Hare Rama, Hare Rama, Rama Rama, Hare Hare
"
nest pas fait pour aiguiser le sens critique. On
apprend aussi sans sourciller que la bataille légendaire de Kuruksetra entre des
roitelets de lantiquité indienne fit 640 millions de morts en 18 jours car les
combattants disposaient darmes atomiques et dautres plus redoutables encore
(le texte lui, parle darchers et déléphants). ".
Lauteur oublie cependant de signaler quil existe une origine à cette divagation : le texte mentionne une guerre entre forces du bien et du mal (pour simplifier) qui se clôt par lutilisation dune arme de mort (utilisé par les forces du bien, cest-à-dire par ceux qui décrivent la bataille, les gagnants) qui crée une sorte de gigantesque chou-fleur, etc. Lanalogie avec le " champignon " qui désignait lexplosion atomique a été rapidement faite, à une époque où le nucléaire commençait à se répandre mais où la guerre froide battait son plein : nous parlons effectivement des années 60-70. Cest aussi en cette période de troubles que nombreuses autre sectes débarquèrent, sans doute à la suite du succès, puis de la désaffection, de cette première secte : Hare Krishna.
Les déviances de cette secte, le trafic de drogue et darmes, les fidèles qui ne vivent quen communauté, et aucun moment nest laissé à leur réflexion personnelle, sont valables pour bien dautres sectes. Cest pour cela que nous y reviendrons un peu plus loin, dans létude de leur mode de fonctionnement.
" Le gourou, représentant de Krishna sur terre, inculque donc ce quil veut à ses disciples, les fait travailler gratuitement pour la cause et règle même leur vie intime, décidant des mariages et ne permettant de relations sexuelles quune fois par mois pour la procréation. Lécole primaire du mouvement est obligatoire ; elle prend les jeunes enfants en mains et limite au minimum les contacts extérieurs. La télévision est prohibée, ce qui nest peut-être que moindre mal. Lobjectif semble être dobtenir une obéissance aveugle à mettre au service du mouvement.
" Les moyens financiers dHare Krishna semblent
considérables bien que le nombre dadeptes ne dépasse pas 15 000 dans le monde,
dont 10 000 aux Etats-Unis. On ignore tout bien entendu des objectifs autres que "
spirituels " que peuvent poursuivre les douze successeurs du gourou-fondateur.
".
On remarquera que les détenteurs du pouvoir, de tout le pouvoir de la communauté,
infantilisent leurs victimes : ils leur retire toute responsabilité (si ce nest
celle de léchec) et ne leur laisse aucun choix. Laspect social est
entièrement entre leurs mains pour être entièrement remanié : les contacts, le
mariage, la sexualité, lenfance, léducation, les sources de savoir, etc.
Cela, parce quils savent, pour lavoir pensé (certains gourous sont danciens
psychiatres) ou pour lavoir découvert (par lexpérimentation humaine), que le
social conditionne le mental de lêtre humain ; nous sommes des êtres intensément
sociaux, si bien quune expression nouvelle a été forgée : homo socialis.
Or, ce " social ", ce nest autre que la culture, donc rien dautre
que le sujet détude de lethnologie. Il y aurait donc un nouveau terrain de
recherche à faire des voyages immobiles dans ces sociétés fermées que sont les
sectes : mais les risques, ici, sont plutôt grands
La " méditation transcendantale " : de largent
et du yoga
Cette secte nest pas sans rappeler le Mouvement Subud, sauf que lun des deux est une secte, et que ce même " lun des deux " est beaucoup plus florissant (comprenez : riche). La Méditation Transcendantale est expliquée par Michel Malherbe dans Les Religions de lHumanité (Criterion) :
" Fondée en 1958 à Madras par Maharishi Mahesh Yogi, la Méditation Transcendantale na pas la prétention de constituer une religion. Elle se veut une technique de méditation qui consiste en pratiques de relaxation mentale par le yoga et récitation de formules inspirées de lhindouisme. Ces activités sont dirigées par des professeurs qui ont promis fidélité au fondateur. ".
Nombreux sont les magazines féminins a conseillé de se relaxer, voire même à pratiquer du yoga. Les pratiques de relaxation sont à la mode. Coupées de leur fond doctrinal, elles ne paraissent pas dangereuses. Cest alors quune secte, qui na pas la prétention de constituer une religion, peut utiliser les mêmes ressorts que les religions, que les sectes, et entraîner " ses élèves " dans un état de dépendance, comme les professeurs le sont eux-mêmes vis-à-vis de leur fondateur preuve quil sagit bien dune organisation centralisée.
" Il ny a pas denseignement morale ou théologique et les techniques proposées sont applicables dans le cadre de toute religion. Toutefois la philosophie sous-jacente à la Méditation Transcendatale se rattache implicitement à lhindouisme ; elle développe en outre un certain élitisme : il y a dune part les simples adeptes qui recherchent une paix spirituelle en évacuant leurs préoccupations par le yoga ou en suivant docilement les consignes et dautres par les maîtres à penser qui exercent leur pouvoir mental. ".
On a ici une autre caractéristique des sectes, que nous retrouvons souvent, la vrai-fausse sélection des sectes, qui consistent à faire croire dans lélitisme, à la personne quelle est en réalité privilégiée, ce qui nest quune façon détournée dinstaurer une hiérarchie de maître à élève, ou de gourou à victime. Maintenant, que cela sinscrive dans le cadre de toute religion, à la marge de lhindouisme ou dans une religion particulière, il sagit toujours du même phénomène : du même mode de fonctionnement.
" La question peut se poser de la finalité cachée de cette organisation qui fonde sa puissance sur les contributions financières demandées aux adeptes. Certains stages coûteux ont même lambition de permettre laccès aux délices de la lévitation. ( ). ".
Dautres sectes en France, ou peut-être la même sous dautres noms, proposent aussi des pouvoirs, et en particulier celui de voler, que ce soit par la lévitation ou la décorporation (aussi appelée " voyage astral "). Ce sont des idées ou des désirs qui sont dans lair du temps. Jai personnellement connu un individu qui allé suivre plusieurs de ces " cours " (en banlieue parisienne) : on lui promettait que le dernier niveau dévolution, celui des maîtres, permettait de léviter, bien quil ne les ait jamais vu. Il était aussi surpris - énervé - de sapercevoir que tout le monde commençait au même niveau, alors quil avait limpression davoir déjà une certaine expérience de la spiritualité. Il cessa donc de sy rendre - et de payer - , sans aucune difficulté.
" De plus, lorganisation dispose dune structure qui semble considérable pour les seuls objectifs de la santé mentale quelle dit poursuivre. Sa Sainteté Maharishi dirige le Gouvernement mondiale de lAge de lIllumination qui dispose dune Constitution, dAssemblées et de dix ministres. La capitale mondiale est à la Seelisberg en Suisse, il existe 1500 autres centres dans près dune centaine de pays, tous dirigés par un gouverneur nommé par le fondateur. La hiérarchie est double, enseignante et administrative ; de la seconde dépendent des activités diverses très peu spirituelles telles que des hôtels, des entreprises, une chaîne de télévision à Los Angeles, etc.
" En comparaison de ces affaires profanes, le centre spirituel
en Inde, situé à Rishikesh, près du lieu de pèlerinage hindouiste de Hardwar sur le
haut Gange, paraît bien modeste. ".
On voit bien ici, lintérêt portée par la secte à dautres occupations, à dautres utilisations de largent, et, finalement, à dautres sources de revenus. Les sectes qui réussissent comme celles-ci pourraient alors se couper du " côté spirituel " qui leur aura juste permis de " se lancer ", de trouver les fonds suffisants pour entreprise tout aussi lucrative, mais légale. Seulement, le perpétuation de la secte, ou dun fonctionnement sectaire, possède trois avantages : constituer une source supplémentaire de revenus, contrôler de nombreux individus de par le monde (quitte à leur faire acheter ensuite ses produits), et placer certains dentre eux dans le cadre même de ses entreprises (afin davoir assuré de leur fidèlité).
Cest ainsi que certaines grandes entreprises copient parfois le fonctionnement des sectes : afin daugmenter leur productivité, le dynamisme de leurs cadres, la cohésion de leur employés, etc. Prenons un exemple bien connu : les services de restauration rapide, Mac Donalds pour ne pas le nommer. La société emploie des personnes jeunes (donc influençables) et leur impose un style particulier (pas de rouge à lèvres, pas de boucles doreille, pas de cheveux longs pour les garçons, bien rasés, etc. cest illégal mais ça se fait), aussi sévère quà larmée, puis on les affuble dun costume, identique pour tous, qui les dépersonnalise. Le contrat typique est celui de 8 heures de travail par jour, ce qui est le maximum pour un salaire au SMIC. Seulement, on ne compte pas le temps passé à préparer avant louverture et à nettoyer après la fermeture : une heure ou deux non payées (par jour). Certains soirs, il y a aussi les inventaires à faire : ça peut durer des heures. Mais il est interdit dêtre fatigué, il faut toujours sourire, une personne est employée à vous surveiller, etc. Pourtant, même si le travail est très dur, on ny reste jamais plus de quelques mois, on est daccord pour dire que lambiance est bonne : les employeurs font tout pour ça, ils passent régulièrement remotiver les employés, et débutent la matinée par une séance mêlée de conseils et de rires (et cela à tous les niveaux de lentreprise). Ajoutons encore ceci : plusieurs dizaines de francs sont retirés sur le salaire en échange dun menu et dun désert fournis par lemployeur à lheure du déjeuner, de telle manière quil ny a pas le choix et que cest tout au bénéfice de lentreprise (et cest encore à la limite de la légalité). Finalement, on peut dire quils auront été exploités dans la joie. Jai eu tendance à généraliser un peu et à signaler des pratiques qui ne sont pas toujours celles de Mc Donalds (mais de Quick, Pizza Hut, etc.), mais jen oublie sans doute beaucoup dautres. Lidée, en tout cas, dépasse celle du bon managing : tirer un maximum des individus dans le plus court lapse de temps donné, car on sait que ce sont souvent des étudiants, quils ne resteront pas longtemps, et quil y a toujours quelquun derrière pour les remplacer. Me limiter à létude stricte des sectes ne me paraissait refléter avec pertinence un mode de fonctionnement, ou plus précisément dexploitation, qui les dépasse (tous ces phénomènes sociologiques sont liés) : jespère que vous comprenez maintenant pourquoi.
" ( ) la Méditation Transcendantale connaît un certain succès dans les milieux intellectuels occidentaux : en particulier depuis lintérêt quy ont porté les Beatles en 1967.
" Les effectifs des " méditants " dépassent 2
millions dans le monde entier, dont 1/3 aux Etats-Unis. Les professeurs sont environ 15
000. La France compte 20 000 méditants et 150 professeurs. ".
Il faut relativiser : quand il est dit un certain succès dans les milieux intellectuels occidentaux, cest parce que ce sont les " intellectuels " qui souvent ne peuvent vivre sans avoir une bonne raison, mais aussi et surtout parce quil sagissait alors des milieux estudiantins, très animés, très révoltés, qui écoutaient les Beatles en 1967 et provoquèrent les " événements " de 1968. Il sagissait alors dune jeunesse dit " intellectuelle ", puisquelle accédait aux études supérieurs que navaient pas suivies leurs parents. Cétait aussi les enfants du babyboom, trop nombreux pour quil ny ait pas de conséquence sociale. Alors, lesprit de révolte était de mode : cest à cette époque que les hippies, le hard-rock et la science-fiction débarquèrent en masse. En même temps, les valeurs " anciennes ", celles de parents, étaient rejetées pour manque de dynamisme, et aussi dans un esprit de révolte : la religion officielle, le christianisme, se trouva remplacé par des religions exotiques, quon pouvait connaître de mieux en mieux : lhindouisme, le bouddhisme, lafricanisme, le chamanisme Cest du moins à cette époque que ça a commencé. Les sectes, qui avaient autrefois été présentes sous forme de " sociétés secrètes ", commencèrent à croître en Occident, et parmi elles : la Méditation Transcendantale. Le but de ce rapide flashback nétait pas de généraliser une multitudes de situations particulières, ou de simplifier ce qui sur linstant ne létait pas, mais de faire comprendre quil sagissait dune autre époque, avec ses illusions et ses désillusions. Nous ne sommes plus aujourdhui en mai 68 : le contexte socio-culturel a changé, les sectes ont changé de méthode et les individus ciblés ne sont plus les mêmes. On ne peut donc plus parler de succès dans les milieux intellectuels occidentaux : les intellectuels dhier ne sont plus ceux daujourdhui, et même ne sont plus visés. On ne va plus naturellement vers une autre religion : cest elle qui soccupe du démarchage. Or, cest bien pour cela quon imagine, en cette fin de millénaire, les membres de sectes comme des " victimes ", des gens désuvrés qui se font prendre " au piège " des chasseurs
Une autre caractéristique de la Méditation Transcendantale, mais aussi de tout autre secte, est quelle connaît de nombreuses appellations :
Nous étudierons plus loin les raisons des cette multitude.
Moon : la dangereuse
LEglise de lUnification, plus connue sous le nom de secte Moon, est devenue célèbre a la suite de lattaque au gaz dans les métros de Tokyo (Japon) ; aujourdhui elle nexiste plus. Il nempêche quelle a commencé à créer des dégâts psychologiques bien avant. On ne compte pas les japonais, qui, parti pour assister à une conférence dun week-end, sont revenus la semaine suivante, à pieds, ne transportant plus quun sac-à-dos, ou qui ne sont pas revenus du tout. On ne peut que regretter leur manque dactions préventives (renseignements, interpellations) des pouvoirs publiques avant le drame, alors quon savait déjà quil sagissait dune secte. Espérons quil ne faudra pas encore en venir à de pareilles extrémités pour sapercevoir que ces sectes sont hors-la-loi
Le texte qui suit date de 1992, avant la " dissolution ". Il est cependant intéressant de relever un certain nombre de caractéristiques, et en particulier dinterprétations du réel particulièrement syncrétiques, dans le mauvais sens du terme, cest-à-dire confuses (Michel Malherbe, Les Religions de lHumanité, Criterion) :
" LAssociation pour lUnification du Christianisme Mondial, A.U.C.M., fondée en 1965 par le Coréen Mun Yun Myong , a connu un succès spectaculaire. Même sil est difficile dapprécier précisément le nombre de ses membres deux millions officiellement, 400 000 daprès des estimations plus prudentes elle joue un rôle important qui a suscité une littérature abondante . Mais son influence semble sexercer davantage dans le domaine financier et politique que dans celui de la spiritualité.
" La doctrine de Moon est simple : le monde est entre
les mains des forces du mal et lEmpire communiste est lincarnation de
Satan. Jésus-Christ a échoué dans sa lutte contre le mal parce quil en sest
pas donné les moyens matériels de sa victoire et quil est mort sans avoir fondé
une famille. Moon est le vrai Messie, son épouse et lui sont les " parents de lhumanité
", ils seront vainqueurs de Satan mais il leur faut des moyens financiers et
politiques que les fidèles semploient à rassembler. Les adeptes constituent
larmée des élus qui seuls seront sauvés. ".
Capitulons les caractéristiques dogmatiques de cette secte, sans doute valable pour dautres, voire toutes les autres ; voire, comme on la déjà fait remarqué, pour tous les systèmes totalitaires :
Lanalyse des dogmes dun mouvement religieux est peut-être un moyen pour le définir comme une secte ou non, ou prédire la possibilités de déviances : si ses caractéristiques correspondent toutes, en partie ou aucune à celles énoncées ci-dessus.
Mais les dogmes ne sont pas tout ; ils sont même minoritaires dans un secte (puisque le dogme doit être simple) : ce sont leurs pratiques qui savèrent le plus critiquables, donc les plus caractéristiques. A condition den avoir été averti avant den être soi-même victime, évidemment.
" Dans la pratique, ceci implique une rigoureuse dépendance des disciples vis-à-vis de leur hiérarchie : aucun pouvoir nest électif et les décisions proviennent toujours du sommet. Même les mariages sont strictement réglementés. Lorganisation choisit les conjoints qui ne peuvent convoler quaprès une certaine ancienneté de service et après avoir fait preuve de leur dévouement à la cause. Lorganisation dispose dinternats pour élever les enfants car les parents sont souvent séparés pour les besoins de leur activité mooniste. Celle-ci consiste pour lessentiel à faire du prosélytisme et à rapporter de largent au mouvement.
Les caractéristiques du " rituel ", cest-à-dire lapplication concrète des dogmes, sont :
Moins nombreuses, il faut cependant ajouter toutes sortes de contraintes difficiles à regrouper car elles se manifestent de manières très diverses sur le terrain. La liste qui suit nest donc pas exhaustive et chaque catégorie comprend de nombreuses variantes :
La description de la secte Moon nous donne un aperçu de ce que peut être la " vie " de sa communauté, et en particulier le calvaire, létat dangoisse permanente de ses membres de nêtre pas heureux, cest-à-dire possédés par Satan :
" La vie quotidienne du fidèle débute par un salut matinal aux photos de Moon et de sa femme. Les occupations sont ensuite incessantes : outre les activités de démarchage, les moonistes assistent à des conférences périodiques dendoctrinement ou à des prières collectives, ils confessent leurs fautes, pratiquent des jeûnes de trois à sept jours durant lesquels ils nabsorbent que de leau ou du café sans sucre Dune façon générale, le sommeil et la nourriture sont réduits au minimum. Malgré cette vie spartiate, les moonistes se doivent de garder le sourire en toute occasion. Labsence de sourire annonce la présence de Satan, ce qui mobilise tous les frères autour du malheureux ainsi habité par lEsprit du Mal.
" La communauté témoigne ainsi dune extrême cohésion, chacun est dans une situation de dépendance vis-à-vis de son chef et la solitude est complètement proscrite. Bien sûr, comme adhérent volontaire à un mouvement dit religieux, le mooniste nest pas salarié et il nest protégé par aucune loi sociale.
" Le sort est manifestement meilleur au sommet de la
hiérarchie. Les moonistes convaincus et désintéressés qui accèdent à des
responsabilités découvrent lexploitation qui est la nature même de lorganisation
et ont souvent une crise de conscience qui leur fait abandonner le mouvement.
".
On relèvera deux points forts importants. Le premier est celui de la crise de conscience : elle est possible, sous certaines conditions, et cest elle qui permet les " fuites, davoir des témoignages danciens membres et denclencher le processus judiciaire. Mais souvent, cela ne suffit pas pour généraliser à la secte entière : on se contente de condamner des individus particuliers ou de faire payer des amendes. Même si linculpation du groupement religieux ne devrait pas être systématique, une enquête devrait être menée sur celui-ci, et mené par des gens compétents, pour ne pas dire spécialisés. Ce nest évidemment quune suggestion, qui tire son " extrémisme " du peu de conséquences de ces paroles sur la réalité.
Le second point est le plus important, celui de lidole vivante : le grand chef et sa femme, ici, une valeur masculine et une valeur féminine (dans lidéal du taoïsme et parce que la secte accepte les deux sexes), sont représentés sous forme de photos, ils se trouvent dans chaque pièce, jusque dans les endroits les plus intimes ; on les voit le matin ; on les voit le soir. Ils vont de lenvironnement " normal " de lindividu, de sa vie même, si bien que cette dernière finit par en dépendre : une prière oubliée devient un grand péché. Cela place aussi lindividu sous la photo et sous le regard quelle manifeste. Moon le voit, veille sur lui mais aussi le surveille (tel le Big Brother). Encore une fois, lindividu ne peut pas être seul. Cest même particulièrement comment les sectes et les systèmes totalitaires partagent la même folie des grandeurs à propos des effigies : on voit des portraits ou des symboles gigantesques ornés les murs intérieurs et extérieurs de leurs lieux de réunions. Cela participe au culte de la personne, mais aussi au culte de la grandeur, de la puissance, de la perfection, de luniversalité, etc., bref de tout ce qui est idéal et utopique. Par un effet boomerang, tout ce faste est le symptôme de la pauvreté de lindividu, et toute cette hiérarchie de linégalité régnante. Celui qui estime la communauté plus que lui-même est parfait membre de secte, puisque cette dernière, si cen est bien une, peut alors lui demander nimporte quoi, même le pire.
On citera pour exemple la secte orientale des Hashishins, doù vient le mot assassin : les guerriers étaient drogués ; il se réveillaient dans une sorte de paradis terrestre ; à leur réveil on disait quils avaient vu lau-delà, mais pour le mériter, ils devaient obéir au doigt et à lil à leur chef ; ainsi, pour impressionner des rois, celui-ci nhésita pas à leur ordonner de se couper la gorge. Il en est de même en Afrique du Sud où un ancien roi avait tant de pouvoir sur ses soldats quil pouvait leur demander, toujours pour impressionner ses hôtes, de sauter du haut dune tour, lun après lautre. On pourrait multiplier les exemples.
Le moonisme nest pas aussi dangereux pour ses membres, mais il a prouvé quil létait pour ceux qui ne létaient pas.
" Vu par un esprit occidental, le moonisme est aisément perçu comme un attrape-nigauds qui ne peut séduire que des naïfs. On ne peut quêtre choqué par le contraste entre la vie de sous-prolétaires des basses couches de lorganisation et le faste des dirigeants. Le personnage de Moon lui-même est fort peu sympathique : plusieurs fois traîné en justice pour délits sexuels ou fraude fiscale, il apparaît comme un homme sans scrupules qui a trouvé une activité lucrative et conforme à ses ambitions. Le phénomène Moon est manifestement à contre-courant du christianisme dont il prétend se draper. ( ).
" Si lon se place dun point de vue asiatique, il
est intéressant de noter que Moon est bien dans la ligne des " nouvelles religions
" dinspiration bouddhiste dont le Japon connaît plusieurs exemples depuis le
début du siècle. En particulier, il nest pas sans rappeler Sokka Gakkaï,
mouvement également très politique qui sappuie sur le Nichiren Shoshu, sorte de
bouddhisme réformé présenté sous un jour moderne. ".
Signalons au passage que cette référence affichée au christianisme et que ce bouddhisme réformé ne sont pas le fruit dun hasard ou dun choix : ils sont le reflet dun double mouvement didées et de croyances entre loccident et lextrême-orient. Ainsi, tandis que chez nous le bouddhisme (non réformé) est la mode et que Jésus-Christ est lobjet de plaisanteries, ce dernier a un grand succès en Asie, où il saffiche sur de nombreux tee-shirts par exemple, et le bouddhisme, lui, change pour éviter de passer de mode .
" Pour conclure, il semble bien que la religion ne soit chez Moon quun support idéologique à la constitution dun empire économique et dune machine politique anti-communiste. Le poids de Moon se situe à ce niveau, comme en témoigne son action : à partir de la Corée, du Japon et des Etats-Unis où se concentrent ses plus gros moyens, le mouvement même des opérations financières considérables dans les pays dAmérique latine tels que lUruguay, la Bolivie ou le Chili. En Uruguay par exemple, Moon dispose dun journal, de deux imprimeries, dun hôtel, dun centre de congrès et dune grande banque.
" On évalue à 700 millions de dollars les bénéfices annuels du mouvement dans son ensemble, ce qui place le groupe à la hauteur de Toyota et devant Unilever ou I.T.T. Nous sommes bien loin de nos conceptions occidentales de la vie spirituelle. ".
Cest même une des caractéristiques de la modernité : lexistence de
sectes gigantesques, internationales, brassant des millions de dollars et des millions dindividus.
Si la secte Moon a disparu, il en existe une, américaine, qui est aujourdhui
en pleine extension (cf. le passage de ses membres dans des émissions télévisées) : la
Scientologie.
La Scientologie : la puissante
La Scientologie est une secte, indiscutablement. Les nombreux procès auxquels elle a " participé " aux Etats-Unis et maintenant en Europe devraient suffire à le prouver . Cest une secte qui fonctionne, un modèle pour dautres sectes. Même si elle nest pas représentative des sectes en général, elle est intéressante par plusieurs points : elle est puissante, elle le sait, et cest pour ça que son danger nest pas directe, mais indirecte, par la manipulation de millions dindividus, de certaines célébrités, par la manipulation de fonds monétaires, par des groupes de pressions, le tout défendu par des myriades davocats
Les informations qui suivent proviennent des Religions de lHumanité (Criterion) de Michel Malherbe :
" Cette organisation se donne le nom déglise en précisant quelle est une philosophie religieuse appliquée.
" Le fondateur de la scientologie est un Américain du nom dHubbard
; il a écrit son ouvrage de base intitulé La dianétique, science de la santé
mentale après avoir publié précédemment, semble-t-il, plusieurs livres de
science-fiction. (
) ".
Ce nest pas " semble-t-il ", même si lEglise de la Scientologie tend parfois à la cacher. Presses Pocket a dernièrement publié les nombreux romans de cet auteur, aujourdhui mort, qui a créé un secte faute davoir eu le succès espéré dans le métier décrivain. Rappelons que ce fut aussi le cas dHitler, qui dévia vers lextrémisme politique à la suite de ses déboires dans la vente de ses tableaux. A la fin de ces ouvrages, publiés, je le répète, chez Presses Pocket, il y a une biographie mensongère de lauteur : grand écrivain de science-fiction avait quil avait du mal à se faire publier, médaillé de la seconde guerre mondiale pour avoir sauvé la vie à un ami au risque de sa vie, et autres thèmes héroïques Aux Etats-Unis, les romans de L. Ron Hubbard furent déjà placé en tête de liste de ventes en librairies. Il faut dire que lEglise avait pris soin de les publier, de les vendre puis de les racheter tous exprès (cas relevé dans un article du Readers Digest) : dans le but de se faire de la publicité et dinciter certains à lire La dianétique est arrivée en France avant les romans, il y a quelques années. On pouvait entendre sa publicité sur des radios, telle que Rire et chansons (97.4), sous les apparences dun livre de spiritualité, contenant des conseils pratiques pour améliorer sa vie et sa joie de tous les jours
" ( ) En 1954, il fonde en Californie la première église de scientologie puis, après des succès divers, il disparaît de la scène publique en 1977 sans quon sache sil est mort ou vivant. ".
Le mythe, encore le mythe
" Malgré des difficultés nombreuses, cette organisation est présente dans plus de 30 pays et elle compterait plus de 2 millions dadeptes. On évalue ses revenus, rien quaux Etats-Unis, à 150 millions de dollars par an.
" Cest donc un réel succès qui semble incroyable quand on se penche sur ce que cette église " propose. A lencontre des religions qui se préoccupent dabord du destin spirituel de lhomme et en déduisent ensuite des règles de vie et de comportement, la scientologie déclare vouloir avant tout améliorer le comportement et seuls les individus dûment sélectionnés entrent plus avant dans le système.
" Cette trouvaille ne manque pas de finesse : il est facile de racoler des passants, de préférence désuvrés, pour leur faire remplir un questionnaire analysant leur comportement. Fatalement, il apparaît quelque chose qui ne va pas : chacun est toujours un peu dépressif, instable ou malheureux.
" La scientologie déclare alors détenir la solution
scientifique infaillible à ce cas préoccupant. Le sujet qui se laisse tenter devient
intéressant : on peut lui vendre des séances daudition ou de purification
et surtout une abondante littérature scientologique. Si lintéressé est
désespérément à la recherche dune solution à ses problèmes, il se sent compris
par ces gens sûrs deux-mêmes qui emploient un vocabulaire dautant
plus savant quil est incompréhensible. ".
Seules deux caractéristiques sont à lencontre des religions et de la plupart des SR : améliorer le comportement et leur faire remplir un questionnaire. Cest quil sagit dintérêts récents, doù peut-être son succès, et de méthodes de " marketing " - ainsi que nous le verrons plus bas avec lEglise du Christ. Les caractéristiques suivantes, par-contre, sont aujourdhui monnaie courante. Elles manifestent chacune un aspect de notre société :
" Il ny a dans tout cela aucun contenu spirituel et si lon recherche quelle vision du monde sous-tend cette psychothérapie, on tombe alors en pleine science-fiction : nous sommes habités par des êtres venus dune autre planète à la suite dune guerre des étoiles et ces êtres sont prêts à nous apporter la paix, la santé, la puissance et le bonheursi nous abandonnons notre " mental réactif ", cest-à-dire, en interprétant, notre capacité de réfléchir.
" Tout se passe comme si lastuce de lorganisation
consistait à sélectionner, grâce au questionnaire, des gens psychiquement faibles ou
vulnérables pour ensuite les exploiter jusquaux limites de leur crédulité. Cest
le côté " scientifique " de la méthode qui repose sur une analyse
de marché apparemment bien faite, daprès les résultats constatés. ".
Lanalyse de marché en question a conclu que la science était à la mode. Tous les magazines, et toutes les disciplines se veulent " scientifiques ". Cest ainsi que la fiction a été détrônée par la science-fiction, et les dieux par les petits hommes verts. Ainsi, ce nest pas un hasard sils parlent de " guerre des étoiles " : parce quil y a là une allusion au film du même nom, un film au succès planétaire, par-delà les générations, un film où les " chevaliers jedi " ne sont que la projections des héros de nos légendes dans le futur (thèse de Campbell). Amusant, mais innocent. Il est étrange, enfin, de considérer ces êtres comme faisant partie de nous, mais dautres traditions parlent bien desprits, de djinns, de phénomènes de possession, ou encore de spiritisme : ils restent dans la lignée, seule la forme change. Par-contre, cest être optimiste (par opposition au pessimisme général - ou particulier des futurs adeptes) que considérer ces " intrus " capables ou même ayant le devoir de nous apporter la paix, la santé, la puissance et le bonheur. Il sagit presque de dieux personnels, devant nous permettre daccomplir des désirs non pas humains, ni même extra-terrestres, mais tout simplement instinctifs : la paix, cest-à-dire être respecté ; la santé, cest-à-dire être immortel ; la puissance, cest-à-dire dominer ; le bonheur, cest-à-dire la liberté. On peut résumer cela aux rubriques de lhoroscope : le cur pour le sexe (le plaisir, la reproduction), la santé pour limmortalité (la peur de la mort), le travail pour largent (la domination, la sélection naturelle). Ce nest plus seulement une analyse de marché : cest une analyse de la nature humaine. Autrement dit : faire croire aux gens que vous leur donnerez ce quils désirent, envelopper leur espoir dans de la soie, des images et mots, et vous obtiendrez deux, dans linstant présent, ce queux-mêmes sont incapable de voir (le désir brut, sans " papier cadeau "). Cela revient à échanger lavenir promis contre son présent, et son idéal contre la forme instinctive :
Cest ainsi que beaucoup de membres de sectes acceptent dêtre malheureux au présent dans lespoir dêtre heureux dans lavenir. Mais les sectes sont dans une période de décroissance (par opposition au terme économique de la croissance), car la crise a institué un esprit de carpe diem dans les esprits : actuellement, on a tendance à vouloir être heureux aujourdhui de peur dêtre malheureux demain. Mais on a troqué le désir contre la peur : cest toujours un moyen de pression pour les sectes.
Or, ce travail-ci, lexploitation des faiblesses à des fins personnelles, cest celui de tout manipulateur, quil soit ou non responsable dune secte. Or, les manipulateurs, il y en a toujours eu : par exemple cet " escroc de la spiritualité ", nommé Edward Kelley (un repris de justice) qui fit croire à John Dee (savant, astrologue, philosophe, kabbaliste et alchimiste) quil était doué de pouvoirs de spirite (les premiers médiums de lhistoire), lescroqua durant des années (un ange, parlant par la bouche de Kelley, sommait à Dee de lui faire une pension de 50 livres), lui prit sa femme (en échange de la sienne) et finit tout de même par être condamné à la détention perpétuelle . Cela se passait au XVIème siècle - Dee avaient ses entrées dans toutes les cours des rois dEurope mais mourut délaissé de tous. Kelley aurait-il inventé la première secte au sens péjoratif du terme ? Ou la secte la plus petite, celle qui fonctionne à deux ?
On peut aujourdhui avoir ces manipulateurs pour concurrents, pour collègues ou même pour amis. Jen connais précisément un, très conscient des techniques quil utilise, et qui sest amusé à manipuler avec un de ses " semblables " une classe entière au collège, puis qui a continué en grandissant, non pas à manipuler, mais à approfondir sa connaissance de la nature humaine. Je le revois encore quelquefois : il manipule dautres de mes amis, sans même quils sen aperçoivent (les amener sur tel sujet de conversation, leur faire croire le contraire de ce quils disaient, les inciter à acheter plus quils navaient prévus, faire tomber amoureux, provoquer des haines, etc.), et jen discute ensuite avec lui ; car du moment où jai été conscient de son jeu, car pour lui ce nétait que ça, il ne pouvait plus ensuite me leurrer. Mais il reste quelquun de très " charismatique ". On le sait : tous les leaders sont nécessairement des hommes charismatiques. Hitler est le cas que nous connaissons le plus, à moins quon soit de foi chrétienne, dans quel cas ce serait plutôt le Christ. Mais ces meneurs dhommes natteignent la postérité, le sommet de leur art, quen situation de crise sociale, lorsquil y a guerre ou révolution. Le reste du temps, ils manipulent en secret. Cest sans doute le cas de nombre dindividus qui dirigent, qui éduquent ou qui convertissent dans les religions, et à plus forte raison dans les sectes : parce que les sectes sont instables et dynamiques, parce quils tiennent alors un rôle centrale, ce qui est compense bien la célébrité. Cest ainsi que jen arrive à la conclusion quil doit exister dans les sectes des individus particulièrement intelligents, mais nayant pas nécessairement de diplômes : car lexpérience de la vie et des individus suffisent pour " dominer " un diplômé des grandes écoles ou un fils de riche qui ne connaît rien du monde et de ses réalités. Ce nest pas un hasard si la Scientologie opère principalement dans les universités qui forme les futurs PDG ou politiciens, et si les principales victimes des sectes sont des jeunes gens riches (des artistes ou simplement des résidents de Beverly Hills). Les exemples sont innombrables
" Est-ce que la lecture des écrits de Hubbard dans une ambiance recueillie mérite que la scientologie se désigne sous le nom de religion ?
" Selon les critères habituels, sûrement pas, mais le nom de
religion ne bénéficie daucune protection juridique, comme cest le cas des
produits du commerce. Cest pourquoi un arrêt de la Cour dappel de Paris de
1980 na pu que reconnaître la qualité de religion à lEglise de la
Nouvelle Compréhension, autre nom de la Scientologie. ".
Encore une fois : nous appelons à la réaction de la justice, et plus précisément ici de la jurisprudence.
Toute enquête sur les sectes soppose cependant à un problème de taille : elles changent couramment de nom, dun pays à lautre, dune ville à lautre, et à intervalle régulier. Certaines multinationales font la même chose avec leurs filières, mais cest pour une autre raison : donner lapparence de PMI/PME pour bénéficier daides de lEtat, et, le cas échéant, licencier pour cause de " faillite ". Les sectes, elles, le font parfois aussi, quand le fisc les approche, mais ont le plus souvent des raisons plus profondes, plus incontournables : ne pas porter le nom dEglise, qui fait trop penser aux sectes ; échapper aux poursuites judiciaires ; donner un nom long et compliqué pour éviter de comprendre quoi il sagit, pour donner une air " savant " ou pour, simplement, ne pas copier une secte qui existe déjà.
Là encore, on peut faire un rapprochement avec le monde de léconomie : certaines entreprises jouent sur les noms et les changements de noms parce quelles servent de paravent aux transactions dargent pour la drogue ou les armes, par exemple. La Mafia est un très bon exemple de " secte économique "
Les sectes sont ainsi très difficiles à repérer : celles ce cachent sous des noms, sous des mots, sous des idéaux qui sont tous faux, illusoires, mais ô combien révélateurs des attentes déçues des trop nombreuses personnes, hommes et femmes, qui y échoient.
LEglise du Christ : le marketing appliqué à la
religion
Cette secte nous permettra dexprimer plus clairement, cest-à-dire par lexemple, la syncrétisme entre religion et économie, entre église et entreprise, entre fidèles et consommateurs Ne dit-on pas dailleurs : fidéliser la clientèle ?
Aussi connue sous les noms dEglise du Christ de Paris ou de Mouvement Boston, pour ne citer que les plus connus, cette secte à la particularité de toujours composer son nom en fonction de la ville où elle simplante. Mais avant de la traiter de " secte ", car ce terme nest plus aujourdhui que péjoratif, il faut bien comprendre le mouvement doù elle est issue, comprendre quil sagit dune dissidence dune religion à lintérieur dune autre dissidence quest le protestantisme.
Comme un dessein remplace parfois de longs discours, vous le trouverez page suivante.
LEglise du Christ (la secte) a eu beaucoup de difficultés à garder ses membres en ses débuts : alors quelle sélectionnait beaucoup les futurs adeptes, elle a commencé à favoriser " lévangélisation " par petits groupes. Ses techniques de conversion accélérée sont directement inspirées des nouvelles méthodes de marketing, si bien que lévolution de cette secte reflète celle dun certain type de marketing.
Celui-ci nous aidera à mieux comprendre la logique de cette secte, des autres qui naissèrent à la même époque aux Etats-Unis, ainsi que de toutes celles qui les imitèrent et les imitent encore. Tout se base sur larborescence : chaque adepte doit amener un nouvel adepte, et chaque église doit construire une nouvelle église. Daprès ce principe, et daprès un calcul mathématique, ils devaient avoir évangélisé toute la planète en 30 ans.
Le Zen pose aussi cette question : Combien de temps te faut-il pour convaincre deux personnes de ta pensée ? Combien te faut-il alors pour convaincre le monde entier ?
Un autre moine zen raconte aussi lhistoire, devenue célèbre, du roi et de léchiquier : un homme, pour se faire payer ses services, proposa dêtre payer avec du blé, en additionnant tout ce quon pourrait mettre sur une échiquier si on plaçait un brin sur la première case, deux sur la seconde, quatre sur la troisième, seize sur la quatrième, etc. Cest-à-dire à multipliant à chaque fois le chiffre par lui-même. Le roi accepta : Un échiquier, se disait-il, cest petit Or, le total dépassait la production annuelle...
Il sagit là de la même croissance exponentielle quon observe dans une culture de bactéries.
Le but est donc de ne pas perdre de temps : il est demandé à chaque membre de ramener une ou deux personnes.
Seconde précepte : prévoir. Cest-à-dire : simplanter dans des universités prestigieuses à tout prix afin davoir mainmise, par la suite, sur les futurs PDG et les futurs politiciens.
Troisième précepte : procéder par ordre. Les villes-clefs passent ainsi avant les campagnes.
Heureusement pour nous, cette secte est actuellement en déclin. Pourtant, elle est encore jeune, puisquelle na que 15 ou 18 ans. Les bostoniens sont 80 000 dans le monde, dont entre 1000 et 2000 en France, alors quhier ils étaient entre 5000 et 6000.
Toutes les Eglises protestantes sont autonomes, mais il existe une Fédération Protestante ; lEglise du Christ avait pu y rester jusquen 1992, mais fut ensuite limogée suite à ces propos : le mouvement bostonien, lui, dit avoir décidé de partir.
Quand les adeptes rentrent dans la secte, ils nont au début aucun renseignement sur celle-ci, sur son organisation comme sur son étendue.
Lintérêt que lon porte aux sectes les incite à se cacher de plus en plus. Cet intérêt à commencé avec le suicide collectif organisé par le Temple Solaire : nous nous sommes senti menacé car cétait la première fois que de telles mésactions avaient lieu sur le continent, si proches de nous.
De fait, les curieux, futurs membres, qui sintéressent à ce mouvement religieux y voient une sorte de compromis, de syncrétisme, entre une société et une communauté, entre lindividu et le savoir, avec une vie simple et une certaine dose de laïcité.
Lorsque les membres ont accès aux informations
portant sur lEglise, son histoire a été entièrement réécrite.
PROTESTANTS
(le salut sobtient non pas par les actes mais par la grâce de Dieu)
EVANGELISTES PRESBYTERIENS METHODISTES BAPTISTES
(réformés) (méthode pour arriver au salut)
EGLISES DU CHRIST
(vie stricte)
scission
Eglises du Christ dites " traditionnelles " Mouvement Boston
(religion) Eglises du Christ dites " bostoniennes (secte)
Les " recruteurs " se disent toujours chrétiens. Ce sont des individus sympathiques, attentifs à vos besoins et à vos goûts. Ceux-ci demandent, après un temps, à leurs " amis " de les aider à faire, cest-à-dire à faire eux-mêmes, une étude de la Bible. Celle-ci est souvent indirecte, prise dans la conversation. Si la personne accepte, répond un peu près aux critères, on passe à la phase suivante, sinon on la laisse tomber.
On présente laccès à lEglise comme un succession dépreuves, parfois difficiles (mais aujourdhui de moins en moins), afin de se sentir privilégié dêtre membre, afin surtout de tout faire pour être accepté : cest donc placer lindividu dans un état de dépendance. Déjà.
Pour lEglise du Christ, de Paris ou dailleurs, tous ceux qui ne sont pas baptisés ne seront pas sauvés lors du Jugement Dernier. Cela peut concerner ses amis, les membres de sa famille et surtout ses ancêtres. Ce dogme incontournable conduit de nombreux membres à quitter le mouvement. Cest le " grand écrémage ". Ceux qui restent resteront jusquà la fin. Eux-mêmes, pourtant, ne sont pas considérés comme sauvés : il faut faire ses preuves. Cest en fait le système de la carotte et du bâton : vous serez sauvés, mais
Leur dogme stipule aussi que le royaume de Dieu se trouve à lintérieur et à lextérieur de Dieu, citations de lEvangile de Matthieu à lappui. Ce royaume extérieur, cest celui de la communauté : le bien-être de celle-ci participe donc de son propre salut.
Précisons leur méthode. A chaque fois, les individus évitent de dire " Je ", ils citent la Bible. Ainsi, quand on nest pas daccord avec eux, on nest pas daccord avec Dieu, donc on ne croit pas en lui Pour un croyant, ça peut marcher.
Précisons aussi que la Bible référée nest pas toujours la Bible originale, intégrale : on sait, par exemple, quil manque des versets à la Bible des Témoins de Jéhovah et que les Mormons ont rajoutés des versets de leur prophète. Leur prophète et fondateur Joseph Smith (1806) est même allé jusquà écrire un livre prétendument traduit de légyptien, où il était conté que les Indiens dAmérique (puisque les Mormons sont en Amérique) sont les descendants de la douzième tribu dIsraël la tribu perdue de lAncien Testament.
On sait aussi que les sectes, plus que toutes autres religions, soctroient des libertés avec les textes " sacrés " et les interprétation quon peut en faire. Ou bien elles extrapolent librement, comme les Mormons qui ont toujours un " prophète " vivant à leur tête, et qui se sont faits les spécialistes de la recherche généalogique dans le but de " baptiser les morts " ; ou bien elles recherchent la pureté par laustérité, en interprétant littéralement les textes et les paraboles, par exemple la secte dissidente des Mormons, les Hamishs, qui refusent tout changement des murs et ne particulier lapport technologique. Ou par exemple lEglise du Christ
La secte empêche ses membres de lire dautres livres que la Bible : non pas que leur lecture soit interdite, mais plus indirectement, toujours par le piège de la logique (ou de la rhétorique), puisque la voie du salut est longue et pleine dembûches il ny a donc pas le temps pour faire autre chose. Cela qui contredit à cela se voit mener sur une autre voie : celle de la culpabilité.
A chaque fois quun individu commet un impair, on évite de lui signaler : on sarrange pour lui faire croire que lidée vient de lui. Le but est de cultiver sa culpabilité.
Cest dans le même but quils " contredisent " en permanence lindividu : ils cherchent à détruire sa personnalité afin de mieux la reconstruire (à leurs propres fins). La méthode est personnalisée : sil est bien avec ses parents, on lui dit de sen défaire ; sil est mal avec eux, on lui dit de se réconcilier ; sil est extraverti, on lui demande de se calmer ; sil est introverti, on lui demande de se tourner vers lextérieur ; etc. Les changements sont violents, ils provoquent une rupture. Chaque échec conduit à plus de culpabilité, donc plus de dépendance. La famille de la victime se trouve parfois animée de sentiments contradictoires, entre le fait quelle la sache dans une secte, et le fait, par exemple, que la personne commence à faire son lit, la vaisselle, à dire " bonjour, comment ça va ? ", etc. Les bostoniens répètent toujours les mêmes ordres/conseils au nouveau venu, et cela va très loin : sil est indépendant, il doit devenir dépendant (ou linverse). Il doit ses échecs à lui-même et ses réussites à la secte, doù une dépendance finale. Lindividu est poussé à remettre en question lensemble de sa personnalité. Il doit faire le deuil de soi. Sil ne sintéresse quaux idées abstraits, il doit devenir matérialiste ; ou inversement. Ce système peut fonctionner sur des individus qui nont pas une structure positive, équilibrée, qui nont pas confiance en eux, dans leur capacité dévoluer, mais dans tous les cas, lindividu doit se renier : il est alors entièrement entre les mains de la secte. Chaque remarque deviendra un jugement de valeur ; il deviendra alors très facile de le manipuler. Ce nest pas un hasard, finalement, si des sectes comme celle-ci sont nées aux Etats-Unis à lépoque de la psychanalyse sauvage, dans les années 70 : elle sen sont directement inspirées. Elles ont tiré des leçons utiles, dans un mauvaise but - mais la création dun nouveau moyen, dune nouvelle technique ou dun nouveau savoir ne garantit jamais de lutilisation qui en serait faite. Ainsi, un des modes thérapeutiques, les plus efficaces mais aussi les plus éphémères, est celui de la catharsis, de laction communautaire. Les individus se sentent mieux sur le moment, en répandent lidée, sont redevants des personnes qui les ont aidés, puis, lorsque leffet seffacent, cherchent à nouveau laide de ses individus : cest pour cela aussi que les sectes ont besoin de leaders charismatiques.
Il est important de préciser que les moyens marketing et publicitaires, toutes les techniques de la communication changent aussi vite de la publicité. Le grand public ne commence à les connaître que lorsquelles sont déjà caduque. Il est ainsi plus facile de se faire avoir quon ne le pense.
Citons un exemple : les shows télévisions en quête de fonds. Il sagit en fait délans de générosité provoqués, parfaitement orchestrés, planifiés, etc. Cela arrive doucement en France, mais aux Etats-Unis, plusieurs personnes ont déjà vendu leurs biens, donner leur voiture, hypothéqué leur maison, pris aux pièges de ces techniques de ventes amplifiées par la télévision, la bonne cause et le temps qui presse Ce système marche aussi mieux aux Etats-Unis parce que la population est plus vieille et quelle a donc plus capitalisé. Cest pourtant le même système que nos sectes modernes. Quand à savoir lequel a commencé, la secte ou lentreprise
Le Mal est considéré comme omniprésent, doù les erreurs, doù la culpabilité. Mais sil est présent dans la secte, dans se membres, il est considéré que le monde extérieur, en dehors de la communauté, est pire.
Lidée de Dieu, elle, évolue en fonction des courants idéologiques de la société : au début, il sagissait de se racheter, de lui demander pardon ; le salut était le but ; ensuite, le Diable se faisait ennemi de Dieu, il fallait le combattre ; puis Dieu lui-même se transforma en " père fouettard " ; on veut être proche de lui mais en même temps on en a peur ; aujourdhui la tendance générale des sectes serait plutôt de considérer Dieu comme " amour ", ce qui va aussi avec lidée de privation de cet amour. Nous restons finalement dans un contexte psychanalytique.
Ajoutons quil se pratique dans de la délation, des confessions, des surveillances mutuelles et que cela crée parfois une atmosphère de peur dont la victime, qui ne veut se considérer ainsi, narrive pas à déterminer lorigine ce qui augmenter encore cette peur.
Il sagit donc dun système basé sur la culpabilité, et partant, de tout ce qui permet laccroissement de celui-ci au profit de la communauté et des " prêtres " qui la représente. Toute la structure, toutes les épreuves passées ou échouées, emprisonne dans une étrange dichotomie : dune part je suis coupable de mes malheurs (pas la communauté), dautre part quand jatteins le bonheur, cest grâce à la communauté (pas de responsabilité). Cela aboutit à des phrases du style : " Comment jose, moi, penser du mal de quelque chose qui ma sorti de mes problèmes ? ". Parfois, ces problèmes sont réels, souvent ils sont créés de toute pièce, comme par exemple dans le reniement de sa personnalité et de ses anciennes valeurs.
Les bostoniens, comme les autres sectes, ont tendance à redéfinir tous les mots (en fonction de leurs dogmes) et den inventer des nouveaux. Si on sait que lEglise du Christ en crée ou en recrée ainsi une centaine, qui doivent être appris par cur, la Scientologie, elle, a jusquà 5000 mots nouveaux. Le résultat est un enfermement par les mots. Prisonnier du langage de la communauté, lindividu ne peut plus sortir de celle-ci, même sil en est sorti physiquement. Comme sa langue devient autre, même si les victimes restent " bilingues ", il devient plus difficile de communiquer et donc de les soigner.
Pour eux, les jeux de mots se confondent avec le réel, hors même de tout contexte. Les mots et les choses nommées ne font quun. Ainsi, celui qui apprend la Bible na pas besoin dexégèses : il ny a de valide que linterprétation littérale (superficielle, fanatique).
Les bostoniens appartiennent à des catégories socioprofessionnelles de moins en moins diversifiées : aujourdhui, Bac+3 ou Bac+4 deviennent un minimum. Le mouvement nattire pas beaucoup les intellectuels, au sens strict, mais principalement des étudiants ou des gens qui travaillent mais qui ont fait des études supérieures. LEglise du Christ est donc élitiste. Elle nest pas la seule : nous lavons déjà vu avec la Scientologie. Dautres sectes parlent même de génocratie, comme dans le Temple Solaire : cest-à-dire la sélection des individus daprès leurs gènes. Un nouvel eugénisme.
Il est très important de considérer les victimes des sectes autrement que comme des individus fragiles, stupides, névrosés ou pauvres : ce mythe favorise au contraire les sectes.
LEglise du Christ est sélective : elle ne désire pas perdre de temps à l " évangélisation " des individus. Depuis que le combat la médiatisation contre les sectes a commencé, les rites de passage (le " baptême ") se déroulent cependant de plus en plus vite, afin de compenser la perte deffectif.
Les bostoniens donnent 10% de leur salaire au Mouvement, comme les juifs donnaient autrefois une partie de leur récolte, et comme les catholiques au Moyen Age. On trouve toujours des preuves dans la Bible : il y a tant de textes, tant de mots, il est loisible dy lire une chose et son contraire.
Il existe aussi une logique de largent : plus on donne à lEglise du Christ, plus on sacrifie de soi, donc plus vite on monte les échelons. Le même système sobserve dans bien des sectes, par exemple dans la Scientologie : plus on paie, plus son grade est élevé. Cest aussi pour cela que la hiérarchie est compliquée et que " long est le chemin du bonheur "
Signalons au passage que les psychiatres américains disent parfois la même chose, sous dautres termes : payer au médecin fait partie de la thérapie. Dans les deux cas, on place la transaction monétaire à un autre niveau, pour éviter de voire ce quelle est : une escroquerie.
Quand la victime sen rend compte, il sagit toujours dun drame.
Pourtant, ce qui est étonnant, cest que le protestantisme auxquels la secte se rattache ne prône pas, comme dans le catholicisme, les valeurs de la pauvreté : on peut vivre bien, gagner de largent sans que cela pose de problème morale. Pour anecdote, signalons que la France, essentiellement catholique, interdisait le métier dusurier, même à très faible taux, jusquà une époque récente. Le catholicisme linterdisait, mais pas la religion juive : doù certains problèmes qui en découlèrent
Généralement, la victime qui commence à se rendre compte que le système auquel elle appartient défaille croit être la seule à sen apercevoir. Cest typique. Ce nest pas dit, mais cest pourtant partagé. Ils ont " peur " de le dire, ils ont même peut de se le dire, car cela entraînerait de la culpabilité, et la culpabilité, cest le Mal.
Maintenant, le plus choquant, le plus extrême de la méthode " marketing " est les " recruteurs " suivent des cours pour devenir les meilleurs amis du monde. Parce que chaque cible à son recruteur, son meilleur ami, ce dernier peut se permettre de lappeler souvent, de lui demander de ses nouvelles, de telle façon quils obtiennent des informations précises sur son emploi du temps et peuvent en déduire dune part ses revenus, dautres part ses dépenses. On en déduit la cotisation que la personne devra plus tard versée au culte.
Toutes ces informations sont mises sur ordinateur ; autrement dit : tous les individus sont fichés. Certaines dentre elles permettent de faire chanter lindividu au cas où il voudrait sortir de la secte.
LEglise du Christ obéit à la même structure que la secte Moon. Elles sont même des accords.
Il ne sagit pas seulement dun détournement de la religion au profit du marketing, mais bien dun aspect marketing affilié à la religion. Non pas que la religion y trouve sa raison dêtre, mais la foi a si peu daspects extérieurs, elle est si peu exprimable, que la religion doit pour se faire sapprocher dun modèle, social, politique ou économique. Les deux derniers semblent les plus dangereux. Fonctionnels, mais dangereux. Pour illustrer et pour conclure, citons Michel Malherbe dans Les Religions de lHumanité (Criterion) :
" Les plus vigoureux des détracteurs des religions nen sont pas moins souvent fascinés par le pouvoir quelles exercent sur les esprits. Un agnostique ou un athée qui cherche à répandre ses idées se trouve ainsi paradoxalement conduit à employer certaines techniques de communication qui ont fait leur preuve dans lexpansion des religions. Les nazis et les soviétiques, par exemple, ont adopté denthousiasme le mot et la notion de propagande dont lorigine est la très catholique congrégation " de propaganda fide ", cest-à-dire de la propagation de la foi. ".
Cette étude du mouvement bostonien a été possible grâce à lintervention
dune jeune fille qui avait appartenu à cette secte, intervention qui a eu lieu au
cours dAnthropologie religieuse de Pascal Deshaye (université Denis Diderot,
Paris VII).
La Science chrétienne : une secte en recul
Pour ne pas changer : Michel Malherbe dans Les Religions de lHumanité (Criterion) :
" Une Américaine de fort tempéremment, Mary Baker Eddy, née en 1821, est la fondatrice de curieux mouvement chrétien connu principalement par son journal, le Christian Science Monitor.
" Les idées religieuses de sa fondatrice ne manquent pas doriginalité,
au point quon peut se poser des questions sur la légitimité de lemploi des
deux mots qui désignent le mouvement. ".
Nous revenons ici sur la thèse dun leadership nécessaire, cest-à-dire dun manipulateur, à la tête de toute organisation nouvelle et totalitaire, en particulier quand il sagit dune exploitation directe de lhomme par lhomme, autrement dit : une secte.
" Partant du principe que la matière ne peut contenir la vie, Mary Baker Eddy déduit que notre corps matériel ne peut connaître le mal ni la douleur et quil sagit donc là de leffet de notre imagination. Il suffit dêtre convaincu de ce raisonnement et de se le dire pour être guéri. Curieusement, il nest cependant pas interdit aux disciples daller, par sécurité, consulter un médecin
" De la même façon, pour supprimer radicalement linfidélité
dans le mariage, la solution est de sabstenir de toute activité sexuelle.
".
Les sectes commencent ainsi à contrôler le comportement, souvent par la privation de certains de ses aspects (médical et sexuel ici), avant et afin de mieux contrôler ce qui est la source logique du comportement en général : lesprit.
" En matière religieuse, la Science Chrétienne se considère comme le Saint-Esprit lui-même. Quant à Jésus, il nest pas Dieu mais un homme qui, plus que tout autre, représente le Christ, cest-à-dire " lidée divine " de Dieu.
" Lavènement du Christ à la fin des temps est
interprété comme le développement progressif de son influence spirituelle dans le
monde. ".
Cela signifie donc le développement progressif de linfluence spirituelle du Saint-Esprit dans le monde
" Sous la férule dynamique de Mary Baker Eddy, le mouvement connût un certain succès qui lui permit douvrir une cathédrale de 5000 places à Boston et des églises dans de nombreuses villes des Etats-Unis. Mais cest surtout par sa littérature que le mouvement sest fait connaître : outre des brochures purement religieuses, il eut lidée intéressante de publier un quotidien dinformation générale de bonne qualité avec un seul article dinspiration religieuses par jour. ".
Encore une manière subtile, pervers, des sectes pour sinfiltrer dans notre réalité quotidienne
" La propagande du mouvement est très centralisée et les messages lus chaque dimanche dans les différentes églises des Etats-Unis et du monde sont envoyés toutes les semaines de Boston.
" Les membres de la Science Chrétienne étaient 300 000
en 1930, ils ne dépassent pas 200 000 aujourdhui ; le recul du mouvement saccélérer
: 257 églises et 97 salles de lecture ont été fermées depuis dix ans. En France, la
Science chrétienne ne compte que quelques rares centaines de disciples. ".
Cest parce que le mouvement était très centralisé, justement, sur son leader charismatique quil a un eu succès rapide et quil aura une déchéance rapide. Il suffit alors que le leader vieillisse ou disparaisse pour que la secte fasse de même. Certains leaders nacceptent pas cette fin, ou bien, certaines sectes ne peuvent simplement pas survivre sans lui (la base du dogme et de la dépendance), alors ils détruisent eux-mêmes leur secte, ils deviennent extrémistes, les sommes dargent exigées deviennent faramineuses, les maltraitances augmentent, et cela se termine parfois par des suicides collectifs
Nous verrons ci-dessous quil existe dautres fins
possibles.
Bhagwan : une secte morte
Est-il besoin encore de citer Michel Malherbe ? Vous savez, lauteur des Les Religions de lHumanité, publié chez Criterion
" Des sectes nouvelles apparaissent chaque année. Souvent elles sétiolent dans lindifférence, par lassitude de quelques adeptes dorigine ou par disparition du fondateur.
" Exceptionnellement, la disparition est brutale et
dramatique. Chacun se souvient de la secte du Temple du Peuple qui avait
établi son centre dans un village perdu de la forêt de Guyana. Son fondateur, Jim Jones,
gravement malade, persuada ses fidèles, en majorité Nord-Américains, de se suicider
collectivement. Le résultat fut un massacre de 912 pauvres gens, hommes, femmes et
enfants. ".
Lhistoire se répète, elle est mondiale : les sectes ont " suicidé collectivement " dans le monde entier, et cela a commencé il y a des années. On peut voir dans ces accélérations brutalités une réaction à la prise de conscience collective du phénomène, qui réduit les effectifs des sectes et leur amène des contrôles de police. On peut voir aussi dans cet extrêmisme des sectes un reflet de lextrêmisme des religions ou même de lextrêmisme des comportements en général en cette fin de XXème siècle. Cest que, dans nombre de leurs doctrines, lan 2000 est souvent, à quelques années près parfois, la date de la fin du monde. Cest en réalité la date de la fin de la secte.
" La fin de la Fondation Internationale de Bhagwan relève davantage du burlesque. Mais commençons par le commencement.
" Un Indien, Rajneesh Chandra Mohan, né en 1931, enseigne la philosophie à luniversité de Jabalpour. Ce travail routinier lennuie. En 1996, il se met à prêcher à Bombay, se fondant sur des illuminations quil aurait reçu à lâge de 21 ans. Il devient le gourou dune doctrine composite dans laquelle il occupe la place enviable de réincarnation de Bouddha. Sa personne doit être lobjet dadoration ; sa philosophie épicurienne prône la vie, lamour et le rire (les trois L : life, love et laughter). En particulier, il recommande une grande liberté sexuelle, excluant toute fidélité ou pudeur. Ses pratiques personnelles dans ce domaine lui valent quelques ennuis. Il déménage de Bombay à Poona en 1974 et y prospère au point dessaimer en Occident. On compte chaque année près de 20 000 convertis, dits " sannyas ", qui portent des tuniques grenat ou orange, couleurs du soleil levant.
" Les autorités de Poona le trouvent encombrant, privent son organisation du statut dassociation et lui réclament un arriéré considérable dimpôts. Il quitte lInde en 1981 avec une quinzaine de proches et six millions de dollars, laissant les autres disciples sur place sans guide spirituel.
" Il sinstalle aux Etats-Unis où une milliardaire un peu dérangée lui fait cadeau dune propriété de 25 000 ha dans lOrégon, sur le territoire du village dAntelope.
" Ses fidèles se multiplient à nouveau : ils créent des routes, plantent des arbres, installent une piscine chauffée pour que le gourou apprenne à nager. La secrétaire privée et compagne du maître, Ma Ananda Sheela, de 18 ans plus jeune que lui, dirige admirablement lensemble dentreprises qui se constitue à force de travail bénévole : hôtel, chaîne de restaurants végétariens et de discothèques, maison dédition, jusquà des usines de produits chimiques et une compagnie aérienne, avec des filiales en Allemagne fédérale et aux Pays-Bas. On atteint 6000 disciples permanent et un poids économique de plus de 100 millions de dollars. Le gourou dispose personnellement de 92 Rolls-Royces.
" Entre temps, Antelope est absorbé par lorganisation. Ses 40 habitants ne peuvent plus être représentés au conseil municipal, le village est rebaptisé Rajneeshpuran et on légalise le nudisme dans les jardins publics. On dit que le mouvement compte plusieurs centaines de milliers de sympathisants dans le monde.
" Et puis soudainement, la collaboratrice bien-aimée du Bouddha réincarné, lassée des caprices enfantins du gourou, senfuit avec une vingtaine de disciples après avoir assuré ses moyens de subsistance.
" Le maître, effondré, liquide son empire et son mouvement. Les
disciples sont renvoyés et laissés à la contemplation de leur naïveté. Pourtant 90%
dentre eux ont fait des études secondaires et 37% ont un diplôme universitaire
! ".
Encore un exemple secte basée et même dépendante de son fondateur, un homme charismatique. Il ne sagit pas seulement dun escroc commun, mais dun professeur de philosophie. Il est donc parfaitement apte à gérer les croyances et les questions de personnes qui ont fait des études secondaires ou qui ont un diplôme universitaire.
Sa doctrine est composite, cest-à-dire syncrétique. Cest même très tentant dans lhindouisme : être la réincarnation du Bouddha, cest potentiellement possible. Krishna, par exemple (de la secte Hare Krishna) était une des réincarnations de Vishnou, attestée par lhindouisme. Dautres réincarnations sont encore possibles. Le bouddhisme, qui découle de lhindouisme, conçoit de même que des lamas ou des rimpotché puissent se réincarner. Comme nimporte qui, en fait, qui fait encore partie du samsara ou roue de lexistence et des réincarnations. A trois différences près cependant : les éveillés peuvent choisir ou non de se réincarner ; ils peuvent choisir leur corps, lendroit, la date de la naissance ; ils se souviennent de leur existence précédente. Cest dailleurs grâce à ce troisième avantage quils peuvent se déclarer réincarnation duntel. Lhindouisme, comme le bouddhisme, cherchent pourtant des preuves : lauto-proclamation nexiste pas comme dans les sectes. Rajneesh Chandra Mohan a donc dû pratiquer un syncrétisme religieux, entre lhindouisme, le bouddhisme et sa propre personne. Entre hindouisme et bouddhisme, surtout, parce quil ny a en effet que dans lhindouisme que les dieux se réincarnent, or dans le bouddhisme, Bouddha est considéré comme un dieu, mais il nest pas un dieu et même sil est éveillé, il na pas décider de se réincarner - le but étant justement la libération du cycle des morts et des renaissance. Quil est attribué cette " réincarnation du Bouddha " à sa propre personne nest par-contre pas très étonnant.
Sa vie et sa fin non plus, ne sont pas étonnantes dans leur déroulement, même si elles peuvent étonner par leur ampleur, inquiéter par leurs conséquences sur des milliers dindividus. Il sagit dune vie comme tant dautres, avec ses bonheurs, ses malheurs, ses désirs, ses amours, ses réactions typiquement humaines : lhistoire du patron et de la secrétaire, lhistoire de la femme adultère, lhistoire du mari au désespoir, ce sont des histoires de tous les jours. On remarquera cependant, avec le même étonnement, peut-être même un léger rire (cf. les trois L), quil sera tombé par là où il a " péché " : une grande liberté sexuelle, excluant toute fidélité
Les filières des sectes
Ce sont par leurs filières que les sectes se multiplient. Elles diversifient leurs activités, changent de nom et rendent très difficiles les évaluations deffectifs, ou même parfois les arrestations. Aujourdhui, la France concentre moins de sectes mères quil y une vingtaine dannées, du moins daprès le rapport Vivien de 1882, mais les filières, jusqualors peu connues, se sont révélées extrêmement nombreuses. Cette organisation tentaculaire a conduisit à repenser les chiffres. Ceux-ci nous sont apportés par le rapport parlementaire de 1995 (Les sectes en France, Editions Patrick Banon, Opinions publiques, 1996) :
1982 1995
Nombre de mouvements = 190 = 170
Nombre de filiales non estimé = 800
Nombre dadeptes = 100 000 = 160 000
dont Témoins de Jéhovah 75 000 130 000
Nombre de sympathisants = 50 000 = 100 000
Ces filières, dit phénomène des " satellites cachés ", se cachent et se diversifient sous un certain nombre de thèmes innocents, à la mode ou dapparence officiels. Ils correspondent chacun à une manière différente de recruter les " membres ", de les placer en dépendance et de leur soutirer de largent. Ils complètent les méthodes de propagande habituelles et aujourdhui trop connues : démarchage dans la rue ou à domicile, diffusion de journaux, publicité par voie daffichage ou de presse, conférences, cycles de formation. Voici cette nouvelle thématique reprise du rapport Gest :
Il semble que les filières, en particulier les filières cachées sous ces "
thèmes ", soient globalement - en croissance, et cest dailleurs
le principe de leur existence : faire de nouveaux adeptes. Certaines sectes sont même si
bien implantées quil est logique de penser que lapparition de nouvelles
sectes est maintenant plus difficiles, concurrence oblige, mais que lévolution des
sectes se fera par lévolution de leur filières, que les sectes fortes tableront
sur de long terme et même peut-être quelles fusionneront avec dautres sectes
plus petites comme les entreprises le font aujourdhui dans le secteur économique.
Nous avons eu déjà connaissance de certains accords passés entre les sectes (entre lEglise
du Christ et Moon, par exemple). Limportance que les sectes accordent à
largent et au marketing, et parfois même à la " vente au porte à porte
" les tourne doffice vers les nouvelles techniques marketing, publicitaires,
vers le travail de limage, dont la diversité des filières est une conséquence,
etc. Cela rend donc probable un comportement macro-économique équivalent à dautres
PMI/PME mais surtout à dautres multinationales. Nous nirons pas jusquà
présenter, cependant, un risque de fusion ou de phagocitage entre une secte et une
entreprise reconnue, car la différence est que la secte est par nature illégale
donc instable, incertaine. Mais il est tout à fait possible, comme ça cest déjà
produit plus dune fois (voir la secte Bhagwan), que les sectes
internationales réunissent leurs fonds pour créer ou pour racheter une société
privée, parfaitement légale, comme le font aujourdhui et depuis des dizaines dannées
les mafias du monde entier (le principe des sociétés-écrans).
Lévolution des sectes : la tendance " New
Age "
Nous avons déjà vu les mutations qui sont dues aux filières. Nous nous intéressons à présent à la forme. Le nombre, lui, est incertain, nous le laisserons donc entre parenthèses, même si les tableaux ci-joint peuvent donner un ordre didée.
La forme, elles, est plus intéressante car elle permet de travailler sur les courants didées. Les sectes en effet, font le marketing du religieux, elles sont donc, malgré elles, des indices fiables sur les " modes spirituelles ". Elles agissent aussi en facteurs et prennent donc part à lextension ou à léchec des tendances. Lévolution des sectes est donc liée à lévolution des idées. Mais si le " phénomène secte " suffit à lui-même pour déduire que les courants de pensée actuels ne sont ni unifiés ni clairs.
Nuançons. Ils ne sont pas unifiés mais en ce soit ce devrait une bonne chose : avoir le choix, pouvoir comparer, senrichir dautres expériences. Et sils ne sont pas clairs, cest peut-être quils changent trop vite, ou que des courants parasites, comme ceux des sectes, pullulent littéralement à leurs dépends.
Une étude historique nous montre que ce phénomène et même que ce
courant didées ont déjà existé sous dautres formes, mais quils ont
existé et quils ont été dépassés à une époque. Il nous montre que la
confusion sur le mot secte est né avec ce mot, cest-à-dire avec les tous premiers
groupements religieux, particulièrement quand ils étaient minoritaires :
" Tite Live dans on ouvrage Les sectes religieuses en Grèce et à Rome se livrait déjà à un récit circonstancié de laffaire des Bacchanales, adeptes du culte de Bacchus.
" Sous lempire romain, les premières communautés
chrétiennes furent persécutées, tant à cause de leur refus du serment de lEmpereur,
quen raison des accusations de sorcellerie (réunions nocturnes) ou danthropophagie
(rite de la communion) dont elles firent lobjet. Les procès en sorcellerie dont
furent victimes au Moyen-Age jusquau début de la Réforme, près de 100.000
personnes en Europe témoignent de la persistance du phénomène sectaire. Les religions
chrétiennes ne sont pas la seule source dexemples : ainsi lIslam, dont un
courant ésotérique est représenté par le soufisme a-t-il donné naissance à la secte
des Hashishins, qui combattit les Templiers en Terre sainte. ".
Cette permanence dans le temps, cette universalité, cest un des présupposé du rapport Gest (rapport parlementaire sur les sectes en France). Il conduit cependant à recherche ce phénomène partout, y compris là où il ne sy trouve ou là il ne sy trouvait pas au commencement. Ainsi, le New Age est un regroupement désordonné de croyances mais aussi dindividus. Ce nest que dans certains cas que ces individus réunis le sont sous la férule dun gourou, que celui-ci les exploite et quon peut donc parler de secte. Il ne faudrait donc pas parler de " secte New Age " mais de " secte à tendance New Age ", dans le sens que des escrocs et que des entreprises descroquerie ont repris un courants didées originales, parfois fausses, souvent confuses. Ils lont repris parce que cétait facile et parce que dans cette diversité de groupuscules elles passaient inaperçues. Jusquau moment où leur succès leur a valu une taille conséquente et que les autorités compétentes ont pu les confondre, mais les confondre aussi avec le mouvement dorigine. Ce dernier, répétons-le, navait pas de volonté sectaire, comme on a pu le voir dailleurs au chapitre précédent, mais au contraire un désir de renouveler la société (la célèbre société de consommation) par lentrée du spirituel quelque fut sa forme. Observons ainsi la confusion dun texte officiel, confusion qui sopère entre la première et la deuxième phrase :
" Le Nouvel Age, courant spirituel et philosophique " fourre-tout ", importé des Etats-Unis au milieu des années 80, est le premier vainqueur de la compétition sectaire à lapproche du troisième millénaire. Actuellement, il se crée presque chaque jour de nouveaux groupuscules ou réseaux consacrés à " lère du Verseau " alors que, dans le même temps, des sectes importantes et déjà anciennes (FBU, Nouvelle Acropole) tentent de " rafraîchir " leur doctrine en y incorporant des thèmes " new age ".
" Véritable nébuleuse, constituée autant par de simples organisateurs de stages à la recherche dune clientèle que par de véritables gourous contrôlant une structure, le " Nouvel Age " est dangereux parce quil peut prédisposer ses adeptes à sengager dans des voies plus périlleuses de type " apocalyptique " par exemple.
" Lapproche de lan 2000 pourrait, en effet, correspondre à la multiplication considérable des groupes " apocalyptiques " ou millénaristes à partir du message mal compris (car il est fondamentalement optimiste) des " new agers ". En outre, de gros bataillons dadeptes déçus des rangs évangéliques (Témoins de Jéhovah, adventistes ) ou syncrétiques pourraient nourrir ce mouvement.
" Le " Nouvel Age " a en tout cas fait régresser dans de notables proportions une dominante exclusive " alternative " qui était fortement ancrée dans le paysage sectaire depuis les années 70 (communautés de " retour à la terre ", à caractère tribal comme Ecoovie). ".
Le fait est que les sectes à tendance New Age, même si elles nutilisent plus ce nom, se place à la tête du " hit parade " des doctrines sectaires :
Nous signalerons au passage que le sens que le rapport Gest attribue au mot " syncrétique " est le sens stricte, limité à laspect péjoratif dune fusion malhabile des croyances. Preuve de désaffection envers les syncrétismes ou de mauvaise compréhension du phénomène ? On peut supposer que le syncrétisme, comme le reste, évolue, et par-là même, son sens aussi
Les sectes orientalistes sont en réalité orientophiles : leur évolution suit lextension du bouddhisme en France, elle même due au paradoxe tibétain dune grande rayonnance (spirituelle et médiatique) mais dune situation désastreuse (linvasion et loppression chinoises) paradoxe fréquemment rappelé par les visites du Dalaï-Lama en exil.
La dominante " guérisseuse " suit quant à elle lévolution des maladies et leur médiatisation : le cancer, le sida, la grippe espagnole La peur de la mort, la volonté de vieillir " jeune ", larrivée du viagra, le succès de lhoméopathie, lentrée dans les murs des médecines parallèles, la croyance montante dans les " guérisseurs de compagne " sont autant de causes pour des malades ou des personnes désireuses de venir en aide aux malades de sintéresser aux découvertes récentes, et même dy participer (par des dons, par exemple) ; il arrive alors que ce soit une secte (question : le scandale de lArc prouve-t-il quil sagit ou quil sagissait dune secte ?).
Le courant " psychanalytique " , faible mais en progression, est peut-être le plus dangereux puisquil tend à affiner les techniques actuelles de manipulation mentale " pure ". Ce dernier adjectif est à entendre au sens d " autonome ", parce que cette manipulation mentale pourra dès lors sopérer en fonction seulement de la victime et naura pas à chercher dautre levier que la psychologie humaine. Ces leviers sont toutes les croyances et tous les désirs personnels, mais aussi les sentiments dappartenance à tel ou tel groupe et, par exemple, les revendications ethniques. Ce courant devrait donc devenir plus difficile à détecter que les autres, qui le sont par leurs filières et pas leur dogmes, sil tend à se développer et sil nest pas déjà développé.
Nous tablerons cependant sur une résurgence des sectes prenant pour " excuse " les revendications ethniques, et ce parce quelles sinscriraient parfaitement dans la tendance actuelle et même mondial de " retour aux sources " dont le " retour au religieux " nest quun aspect.
Liens possibles entre les revendications ethniques et la
création dune secte
Qui dit ethnie dit minorité, donc en position de faiblesse ; qui dit revendications dit insatisfaction, donc en attente dun nouvel équilibre. Les revendications ethniques sont donc particulièrement sensibles à lémergence didées syncrétiques ou même dune religion syncrétique qui proposeraient aux futurs adeptes de sortir de leur état de faiblesse, en devenant plus fort dans lau-delà par exemple, et de se constituer une identité nouvelle, avec des valeurs personnelles avec limpression davoir le choix.
Pour donner un exemple basique, mais au combien important, le simple fait de changer de nom au moment de son entrée dans une secte (ou même dans certaines religions) constitue - entre autres - une revanche sur les parents qui ont imposé le nom, sur la culture qui en limitait les possibilités, sur tous les individus qui jusquici ont appelé la personne par son nom, et même sur une certaine forme de conformisme : avoir le même prénom, par exemple, que des millions dautres. La personne croit alors quen changeant de nom, elle changera didentité : en réalité, elle la perdra.
Réfléchissons : puisque la secte répond aux besoins et aux
défauts de ses victimes, elle ne leur apporte donc rien : elle ne fait quexploiter
ce qui est déjà en elles. Ainsi, les revendications ethniques sont du bain béni
pour des individus peu scrupuleux : elles leur permettent à la fois de fonder une
association, une religion ou un institut selon les cas en fonction des
aspirations des individus, et en même temps de trouver ses premiers adeptes. Voilà
pourquoi nombreuses sont les sectes qui se basent sur des SR : parce quen augmentant
le nombre demprunts, elle étend le nombre de cibles potentielles : tous ceux qui
admettent tel ou tel dogme, tel ou tel pratique, mais refusent lidentification au
reste de leur culture. On trouvera donc dans les sectes des individus extrêmement
différents, uniques (évidemment), mais que la secte fera se rejoindre, dans un même
" esprit ", celui de la communauté. Ils finiront par perdre tout ce qui était
de la culture quils nappréciaient quà moitié (par exemple : la
technologie, la médecine traditionnelle, léducation donnée aux enfants
)
pour transformer leurs manques en univers clos : leur manque damis devient une
communauté dont on ne peut plus se séparer ; le manque de spiritualité devient un monde
faits de devoirs, de culpabilité et de rituels dexorcisme ; le manque de but
devient un but inaccessible (celui du gourou), etc. Ils ne gagnent rien quun monde
illusoire, puisque pour accéder à celui-ci, il faut accepter tout ce qui fait la
réalité : bonheur et malheur, doute, liberté, liberté dexpression, liberté de
voyager, libre-entreprise, libre-arbitre, esprit critique, pouvoir changer dopinion,
avoir le droit à la différence, à la solitude
Accéder au paradis artificiel que
les sectes nous proposent à un prix, le même que les drogues : largent que lon
donne au dealer ou au gourou.
Les revendications ethniques espèrent souvent quelque chose qui na
souvent exister : leur idéal est faussé, illusoire ; cest une croyance dans un
paradis artificiel. Le peuple viking na jamais été soudé ; la culture celte
était un ensemble de cultures ; les bretons du moyen âge étaient des pillards avant dêtre
devenus des victimes ; la ruée vers lor a créé plus de ruines que de riches ;
Athènes ne contenait pas que des philosophes mais aussi des esclaves ; lEmpire
napoléonien était une guerre perpétuelle, il ny a donc pas de raison pour lidéaliser
; lEmpire napoléonien a créé la plupart de nos institutions, il ny a donc
pas de raison pour le diaboliser ; lEglise catholique a effectivement facilité le
" travail " des nazis ; leldorado américain était un mythe ; Christophe
Colomb na pas découvert lInde comme il lavait prévu mais les
Amériques (doù le terme dIndiens) ; les Serbes ont attaqué les
Croates, mais les Croates sétaient alliés aux nazis pour attaquer les Serbes ; les
Trente Glorieuses nétaient pas si glorieuses puisquelles ont donné lieu à
mai 68 ; on a aidé la Corée du Sud contre linvasion de la Corée du Nord mais
ensuite la Corée du Sud est devenue une dictature qui sen est prise à la Corée du
Nord ; la Révolution française a permis à la bourgeoisie de soffrir les pouvoirs
que son argent nobtenait pas sous le règne des nobles ; le Père Noël na
jamais existé.
Il sagit donc toujours dun syncrétisme entre certaines vérités historiques et des espoirs parfois légitimes de respect, didentité, de culture ou dindépendance. Lextrapolation provient de cette mise en contact entre la recherche culturelle et lenjeu des découvertes. Il en est de même dans nombre de théories, qui sont des syncrétismes intellectuelles entre les arguments énoncés et linterprétation qui va être faite de ceux, propre à démontrer ce que le théoricien désire. Linverse est aussi possible : énoncer un certain nombre de vérités, souvent partielles, afin de convaincre un auditoire. Il peut encore sagir dun syncrétisme intellectuel, mais dans lesprit seul des auditeurs : le tribun nétant lui-même quun sophiste (le problème semble aussi vieux que la parole de lhomme).
Cest exactement le même fonctionnement dans un syncrétisme intellectuel à tendance religieuse ou dans un SR basé sur la culture dun peuple : on remplace simplement les preuves culturelles de la valeur dune ethnie par des preuves religieuses de son unicité. Ceux qui formulent cette apologie du passé et de la culture (cela va ensemble) en font évidemment partie : ils ne défendent pas quelque chose, ils se défendent eux-mêmes, mais par un moyen indirect qui permet à dutiliser les mêmes arguments. Il peut aussi sagir dune initiative extérieure, dun de ces individus peu scrupuleux dont nous avons déjà parlé qui crée une organisation indépendantiste, une association pour la culture, un Institut pour la revalorisation de la langue régionale de la même façon quil créerait une secte.
Il savère alors que certains prétendus " besoins " de spiritualité chez les futures victimes ne manifeste quun trouble culturel, quune recherche didentité ou didentification, de façon comparable à nimporte quelle revendication ethnique sauf quici, ce serait au niveau citadin ou au niveau national. On comprendra mieux alors la cible préférée des sectes : les jeunes gens, car ils sont au sortir de ladolescence, qui est justement une crise de lidentification aux parents et une recherche didentité. La secte est une alternative au monde des adultes, au monde du travail et des responsabilités, car dans une secte, il suffit dobéir pour être aimé un peu comme un jeune enfant.
Ceci nous amène à conclure que des sectes pourront être ou sont déjà crées sur des bases non religieuses, mais uniquement culturelles. Elles ne porteraient plus alors de secte mais de micro-système totalitaire. Il est même envisageable de relier ces phénomènes aux formes de dictatures à dimension humaine : tout rapport de dominant à dominé, les violences conjugales, la pédophilie, le racket, le chantage, la menace à chaque fois que cela se produit à lintérieur dun groupe dindividus, dune famille - puisque la famille, somme toute, est le plus petit composant de la société. La secte ne fait que systématiser, à plus grande échelle, lexploitation de lhomme par lhomme, et au risque de choquer, cest une sorte de nazisme religieux. Mais ce nest quen choquant, un minimum, quon obtient des effets positifs, non pas en acquiesçant sans cesse, oui mon maître
Prenons un exemple aussi contemporain quéloquent : lassociation Milli Görus, qui compte 500 mosquées, douze Clubs (de jeunes) à Berlin, 26500 membres et peut-être 900000 sympathisants sur les 3 millions de Turcs musulmans en Allemagne. Les renseignements généraux allemands qualifient cette organisation dislamiste fondamentaliste. Surveillée, mais nullement accusée, elle accumule un certain nombre " dindices " sectaires :
Son poids sest accrue depuis leffort de nationalisation entrepris par lAllemagne.
Otto Schily, le ministre de lIntérieur, a même proposé de mettre les
organisations islamistes sur un pied dégalité avec les Eglises chrétiennes, avec
un statut de collectivité de droit public. Aujourdhui, Milli Görus a obtenu gain
de cause (au tribunal administratif de Berlin) et a commencé à dispenser des cours de
religion dans les établissements scolaires. Mais son but et son fondement restent bien la
revendication ethnique. Milli Görüs ne signifie-t-il Vision nationale ?
Laspect social des sectes ou pourquoi ça
marche
On se moque des sectes, on les critique, on les combat, mais cherche-t-on à connaître les raisons de leur succès ? On lattribue souvent à la faiblesse des individus, mais ne serait-ce pas les sous-estimer, les individus comme la secte elle-même ? On sous-estime ainsi le danger, car les sectes possèdent effectivement certaines qualités, et cest justement ça qui les rend si difficile à repérer, à différencier des religions :
Ces aspects positifs (du moins dapparence) sont aussi des raisons pour lesquelles certaines sectes sont difficiles à relier avec certitude au mouvement sectaire auquel elles reversent les " cotisations " : elles produisent un travail sur le terrain qui peut être à la fois réel et efficace. Mais la marge entre les cotisations des adhérents et le coût de lopération est toujours disproportionné, et sil ne lest pas, cest uniquement pour amener les adhérents à devenir des membres à part entière de la secte, après un certain nombre de stages, de conférences ou de formations
Ce " certain nombre " est nécessaire à une prise de contact progressif afin que la victime ne se méfie pas. Le rapport Gest relève trois phases dans la technique dapproche :
La dernière étape fait entrer le participant dans lunivers magique ou symbolique de la secte : il ne peut plus se considérer comme victime car alors il est considéré comme un acteur de ce qui se passe, du rituel ou du projet qui est mis en route, même si cest un projet très " spirituel " : prier pour sauver lhumanité.
Ces caractéristiques de propagandes, alliées au effets positifs de la secte, créent un contexte social original, ambiguë, où lindividu qui sy trouve plongé a dautant plus de mal à juger du système quil nen connaît encore que ce quil a vécu et quil ne connaît pas les buts (réels) de celui-ci. Il faudra qui plus est quil accepte de sêtre trompé, avant, pendant et après en avoir été victime.
" Un certain parallélisme peut être établi avec la démarche des toxicomanes : Nous avons des controverses avec les parents de toxicomanes. Ceux-ci pensent dune certaine façon à juste titre que sans lhorrible dealer leur enfant serait un ange. Ils oublient les neuf dixièmes du trajet qua parcouru le malheureux enfant, responsable ou non, mais de son fait, Pour se rendre dans les bras dudit dealer. Il ne faut pas exclure la part volontaire de ladepte, qui nest pas un imbécile que lon manipulerait cest vous et moi - , mais ( ) qui sest rendu délibérément. Dans cette optique, les recruteurs des sectes ont pu être présentés comme des dealers de transcendance. ".
De la à considérer ladhésion à une secte comme une forme de toxicomanie, il ny
a quun pas
La reconstruction de lindividu et le phénomène
de transfert
Pour continuer sur la métaphore médicale, parlons maintenant de psychanalyse. Les sectes y font souvent référence, comme la Scientologie, mais nexpliquent jamais en profondeur de quoi il sagit, travaillent plutôt sur limage quon se fait de la psychanalyse, de peur quon saperçoive de leurs manipulations.
Nous avons déjà parlé de la nécessité pour un (futur) membre dune secte de renier son Surmoi. Ici, ce nest pas le " père castrateur ", mais la " communauté castratrice ", et comme elle est tout ce que connaît lindividu, tout ce à quoi il sest attaché, alors il na pas déchappatoire : il doit céder pour avoir lamour du gourou ou du fondateur, et il est incapable de se sentir autonome, tant les hiérarchies sont nombreuses et tant il a appris à mépriser son ancienne et le système ancien auquel il appartenait (celui où nous sommes).
Le principe est le suivant : lindividu déprime ou on loblige à déprimer, on lui apporte des amis, une vérité et un but, il est sorti de son état par les aspects positifs que nous avons énumérés plus haut, il en est reconnaissant envers le gourou ou la communauté, il leur garde cette reconnaissance toute sa vie, quelques fussent les traitement subis par la suite, létat malheureux où il se trouve à présent (la ruine, par exemple).
Or, ce transfert, car cen est un, du bien qui a été donné vers le donneur, aboutit parfois en psychanalyse au contre-transfert. Il y a des cas, par exemple, où la psychanalyste au travail va de moins en moins bien tandis que lautiste quil a comme patient va de mieux en mieux : il sagit donc de pouvoir dire " stop " au bon moment, et cela sera bénéfique pour les deux parties. Le transfert, sil est utile à des fins thérapeutiques, ne doit pas se prolonger au-delà de son aspect : la maladie. Cest au contraire labandon de cette reconnaissance (qui ne signifie pas la perte de respect quon doit à tout être humain) qui est le signe de sa guérison, et nous ne parlons pas seulement de psychanalyse ou de guérison mentale.
Ainsi, en Afrique, chez les Yorubas, que ce soit de petits ou de gros problèmes, le sorcier/guérisseur intervient et considère que le malade a ces problèmes parce quil a été mal nommé, que son " âme " ne correspond donc pas avec son corps ou avec son vie. Il décèle le mal dans le langage et le soigne de même : il renomme lindividu. Pour ce faire, tout doit être refait : nouvelle naissance, nouveau " baptême ", nouveau nom, nouvel place par rapports aux ancêtres Lindividu recommence à zéro, il a fait le deuil de soi, il a même perdu son âge et recommence à 0 années, 0 mois. Lapparence physique na plus de rapport. Cest la même chose dans certaines sectes, comme dans lEglise du Christ : lindividu est là depuis 15 ans, il le sait, mais il ne pourrait pas dire son âge réel, il ne pourrait plus, il na pas besoin de sen souvenir et cela létonne même quand on lui demande son âge physique (puisque le spirituel passe avant tout). Mais la comparaison sarrête là : tandis que dans la secte la victime chérit son " médecin ", chez les Yorubas, la sorcier repart après avoir guéri, il rend lautre à la Vie. Après son départ, lancien malade pourra plaisanter et même se moquer du sorcier. Cest en partie pourquoi le sorcier est un être à part, en marge de la société : il ne doit pas interférer au-delà de son droit, ne pas profiter de sa situation. Que par la suite, on ne le croit pas, on ne le prenne pas au sérieux, on le critique même, semble peut-être injuste mais cest psychologiquement sain : cela signifie quil ny a plus de transfert, que lindividu est redevenu autonome, responsable, etc.
Les sectes reprennent ce transfert à leur profit. Elles ne font pas et ne désirent pas un travail de fond. Certes, elles arrivent à apaiser les angoisses, mais la lobotomie aussi, ça apaise les angoisses. Une secte comme SILO, qui est un mouvement " humaniste " aux Etats-Unis, ménage moins les entrées que les sorties de " traitement ", puisquelles récupèrent systématiquement les transferts au profit du groupe, du gourou ou du Dieu. Lentrée est facile, les effets visibles, mais on nest pas prévenu des effets secondaires : une dépendance, une reconnaissance absolue, jusquà considérer que son " guérisseur " est un dieu vivant. Lhomme a su comprendre ses problèmes, il doit donc nous comprendre mieux que quiconque ; lhomme a su nous guérir notre esprit, il doit donc être le " maître de lesprit ". Il est ainsi très important que lindividu soit démoralisé avant dêtre soigné, car ainsi son estime est encore plus grande : sil a réussi à soigner un cas comme le mien, alors il est capable de tout, je ne peux quêtre heureux à ses côtés, etc. Cest la vieille histoire de la malade qui tombe amoureux de son médecin
Une autre menace retient lindividu de sortir de la secte après " guérison " : si tu ressorts de la secte, tu récupéreras tous les défauts que tu avais abandonné. Dans une visée préventive, nous gagnerions sans doute à nous demander la raison qua une personne de nous dire ceci ou cela, aussi logique que cela paraisse, aussi sympathique que soit la personne : Qui lui a dit ça ? Dans quel but nous le dit-elle ? Quelles seraient les conséquences de mon " oui " ? Quest-ce que cela peut apporter à la personne ? Etc. Mais on ne peut décemment vivre en société en se posant en permanence ce genre de question. Une prise de conscience suffirait-elle ? Sinon, les sectes sont condamnées à exister toujours, ou du moins le principe sur lequel elles se basent, du moment où il a été découvert.
Nous avons ici travaillé sur la pratique, mais les questions
auxquelles elle amène nous incite à reconsidérer la différence qui peut exister entre
une religion, inoffensive, et une secte, dangereuse. Le contenu même dune doctrine
peut-il refléter lutilisation qui en est faite ? Autrement dit : le dogme est-il
indépendant de lintention ? Existe-t-il, enfin, des idées et des concepts
suffisamment profonds ou suffisamment moraux pour quils ne puissent être repris à
mal ? Cela pousse aussi à reconsidérer le message religieux : si lon est capable
de différencier le dogme dune secte du dogme dune religion, alors cela
signifie que toutes les religions ont un fond commun. Ce fond est-il celui de la cause
même de leur existence, le sentiment de religiosité, la croyance en quelque chose de
supérieur et dinvisible, ou bien le dépasse-t-il, lexplique-t-il ? Toutes
ces questions nous à amener, à leur tour, à les traiter dans une section à part
entière : la partie suivante que voici.
Le dogme dune secte nest pas le dogme dune
religion
Revenons à la question du départ : peut-on distinguer une secte dune religion ? Les indices extérieurs ne nous ont rien donné qui soit fiable. Il ne semblait pas, de prime abord, intéressant de sintéresser au contenu même des religions, tant elles sont diverses. Seulement, il semble être un dogme commun à toutes les sectes : la disparition de la volonté, cest-à-dire létat de dépendance. Quen disent les religions, les dogmes des " vraies " religions ?
Quand on se réfère aux textes sacrés, on saperçoit que les tournures de phrases sont différentes du langage commun, quil est fait beaucoup dallusions, de métaphores, de paraboles. Il est très facile de ne rien comprendre, plus facile encore de se tromper sur le sens. Des gens, parfois, nous expliquent. Mais ils peuvent se tromper, apporter un faux éclairage qui nous empêchera de comprendre le texte. Le mieux est de lire en entier, avec beaucoup de documentation, et si possible des discussions ultérieures avec les prêtres, moines, gourous, chamans, maîtres, etc. Car il est important de déterminer si lenseignement quils professent est identique aux mots qui sont écrits. Sans faire nécessairement partie dune secte, ceux qui se trompent peuvent simplement se tromper, avoir une interprétation trop littérale, trop superficielle ce qui est peut-être le cas des Témoins de Jéhovah. Parfois, ils se trompent - ou sont trompés - volontairement, parce quils sont conservationnistes, racistes ou fanatiques. Mais sil y a une différence de dogme entre les sectes et les religions, cest bien sur le point du renoncement de la personnalité, du deuil de soi, de linitiation en fait. Nous allons tenter de montrer comment la confusion est possible.
Prenons un exemple : dans la Bhagavad-Gîtâ, texte sacré hindouiste, on lit au chapitre sixième, Le nirvâna et les uvres dans le monde, verset 2 :
" Ce quon a appelé renonciation (sannyâsa), sache-le, cest en vérité le yoga, ô Pândawa ; car nul ne devient yogin qui na renoncé à son mental à la volonté-désir. ".
On trouve les mêmes conseils dans la doctrine de Bouddha (abandonner son Moi), de Moïse (être soumis à Dieu), de Jésus (être comme un enfant), de Mahomet (se remettre entièrement les mains dAllah ou de ses représentants), Confucius (obéir à son maître, à son père, à lEtat), etc. Partout dans le monde, en Afrique comme au Groenland, en Asie comme en Amérique, linitiation doit être un choc. Mais elle est avant tout un renouveau, le passage à lâge adulte, à la compréhension du monde et elle symbolise lentrée dans la vie sociale, puisque ces initiations très souvent précèdent le retour au foyer, avec le statut dadulte, responsable, capable de se marier. Ce nest pas tout : la doctrine est aussi spirituelle. Cest même pour cela que ce nest que le premier stade de linitiation. Mais il ne vise pas à avoir moins pour avoir moins, mais à avoir moins pour avoir plus. Cest abandonner sa faible personnalité pour une personnalité plus forte. Le mot " personnalité " nest pas juste, il sagirait plutôt de psychisme ou détat mental. Les monothéismes et les religions révélées contiennent aussi ce stade, considéré comme ultime : cest celle de lillumination, celle des mystiques ou des saints. Cest évidemment simplifier, généraliser et peut-être opérer un syncrétisme intellectuel. Cest en tout cas faire acte dun changement détat spirituel et psychologique qui ma parût exister dans toute religion ; et ce, parce que le sentiment même de religiosité induit une quête sous forme délévation vers Dieu, une amélioration ou une compréhension qui ne sobtient pas mais qui est donné, de telle manière quil nexiste pas détapes ou de méthode, mais un ensemble de conditions, qui une fois réunies, font passer lêtre ou son esprit de lautre côté. Les hindouistes nomment ceux qui ont réussi (par la grâce de Dieu, inchAllah) des yogins ou des sannyâsins. Voici en quoi consiste cette élévation (versets 5 à 8) :
" Par le moi tu dois délivrer le moi, tu ne dois pas déprimer ni abaisser le moi (que ce soit par complaisance ou par suppression), car le moi est lami du moi et le moi est lennemi.
" Le moi est un ami pour lhomme en qui le moi [inférieur] a été conquis par le moi [supérieur] ; mais pour celui qui nest pas en possession de son moi [supérieur], le moi [inférieur] est comme un ennemi et il agit en ennemi.
" Quand un homme a conquis son moi et atteint au calme dune maîtrise de soi, dune possession de soi parfaites, alors son moi suprême a une base et un équilibre (même dans son être humain conscient extérieur) dans le froid et le chaud, le plaisir et la peine aussi bien que dans lhonneur et le déshonneur.
" Le yogin qui est satisfait de la connaissance de soi,
tranquille, qui a réalisé son propre équilibre, maître de ses sens, considérant dun
il égal la motte dargile de la pierre et de lor, on dit quil est
un yoga. ".
Les bouddhistes disent de ces " yogas " quils sont des " éveillés " (cest le sens du mot bouddha), les monothéistes les nomment " mystiques " ou " saints ", les asiatiques les nomment " bienheureux ", les africains les nomment " possédés ", les peuples de chasseurs les nomment " chamans ", les Indiens Nord-Américains les nomment " sorciers ", les sociétés secrètes les nomment " initiés " et dautres traditions les nomment simplement " sages ", mais le sens commun les réunit sous le terme de " fous " ou d " insensés ". Les définitions exactes diffèrent, mais nexiste-t-il un ou plusieurs points communs ? Une même figure, un même aspect psychologique, un même comportement ou un même contexte socioculturel ? Par exemple, le sage est toujours représenté comme calme, sûr de lui, détaché des choses matérielles, sérieux, plutôt chanceux, parfois magicien, mesurant toujours ses paroles et foncièrement bon : il ne repousse pas, il ne se détourne pas, il ne ment pas, il ne tue pas, etc. Il aide son prochain, il aime lhumanité, et il est souvent aimé (même sil finit parfois mal). Et tout cela de manière permanente, sans faille et sans péché. Ces légendes manifestent des valeurs communes. Il ny a donc pas de raison pour que les religions aient repris ces valeurs, quelles les aient transcendées et quelles aient cherché de les faire atteindre par leurs fidèles, disciples, etc.
Aucune des caractéristiques susnommées, ni même leur réunion, ne permet de reconnaître un individu pour " sage " : il doit être reconnu par dautres. Il ne sauto-proclame pas, ne se vante pas, ne sentoure pas de luxe et ne crée pas sa secte. Mais les leaders charismatiques manifestent parfois ce comportement, si parfaitement que leurs victimes ne semblent avoir aucune raison de douter. Sauf quil ny a jamais eu dhistoire dargent ou de viol avec Bouddha, Jésus, etc. En principe, les religions devraient faire suivre les conseils - et les prêtres le comportement - de ses fondateurs. Mais puisque les grands prêtres même, sont, jusquà preuve du contraire, des êtres humains comme vous et moi, ils sont faillibles, les religions peuvent devenir des sectes, les sectes peut-être aussi devenir les religions : ce ne sont donc ni lancienneté ni la nouveauté, ni lampleur ni la petitesse, ni les précédents ni les promesses qui permettent ou qui doivent permettre de juger dun groupement religieux. On ne peut se baser que sur le plus difficile : le dogme. Mais cest justement parce que cest difficile à juger, et encore plus doser apporter un jugement, que des millions dindividus de part le monde sont devenus, en toute bonne foi, les victimes ou les pions dune secte, ou même dun système totalitaire quel quil soit.
Existe-t-il, alors un moyen de les en sortir, un moyen préventif
sinon, ou bien une façon de stopper les agissements dune secte sans interférer à
la libre croyance, le risque étant de créer un précédent ? Cest à ces questions
ouvertes que nous allons tenter de donner une réponse dans la partie suivante.
Vers un solution pratique ?
La recherche dune solution réelle à un problème réelle passe par tous plans sur laquelle si sitôt aussi la secte :
On sait par le rapport parlementaire, publié sous le titre Les sectes en France (Editions Patrick Banon, Opinions publiques, 1996), que lEtat a maintenant mesuré limportance dagir. Il ne reste plus donc quà élargir les moyens dont disposent les Renseignements généraux :
" Le phénomène sectaire fait lobjet, depuis une vingtaine dannées, dun suivi régulier par les Renseignements généraux. Toutefois, lactualité du phénomène et les moyens limités de la DCGR nautorisent pas lexécution fréquente de travaux de synthèse. ".
Cest du moins ce qui y est stipulé. On est cependant en droit de se demander sil est bon de donner plus dautonomie à des groupes dactions, même quand leur mission est claire, quand on voit ce qui sest passé récemment en Corse (laffaire de la paillotte incendiée sur ordre par un groupe spécial dintervention de la gendarmerie, en mai 99) et quand on entend les vives réactions que cela provoque.
Laction pénale est dautre part entravée par la diversité des délits, qui sortent parfois du cadre stricte de la loi. Lun de ces " nouveaux délits " dont on peut accuser les sectes seraient cette " assise " nouvelle de lindividu qui le rend incapable de se considérer comme victime, de considérer sa secte comme une secte, de considérer celle-ci comme nuisible et doser, de devoir porter plainte.
" Tous les actes répréhensibles commis par les sectes ne font évidemment pas lobjet dune condamnation. Loin sen faut. Une telle condamnation, nécessite, en effet, la réunion de plusieurs conditions quil est souvent difficile dobtenir :
" Les informations fournies à la Commission par les Renseignements généraux ainsi que les témoignages quelle a reçus, lont conduite à penser que les dangers que font courir certains mouvements sectaires aux individus et à la société sont, en réalité, à la fois plus nombreux, plus étendus et plus graves que ne le suggère la seule lecture des décisions judiciaires. ".
A propos du troisième point, je tiens à signaler un parallèle qui aidera à la compréhension mutuelle des deux phénomènes : le bizutage. Lindividu bizuté est une victime, certes, mais lorsque ce bizut, ensuite, agit par lexemple et bizute à son tour de futures victimes, avec ou sans la pression de leaders, doit-il toujours être considéré comme une victime ? Nest-il pas à la fois victime et responsable ? Un mari qui bat sa femme, pour avoir été battu étant petit, doit-il être condamné pour avoir battu sa femme, être soigné pour ses séquelles psychologiques, être relaxé pour navoir fait que reproduire une violence dont il na pas été linstigateur (un peu comme un enfant qui ferait comme à la télé) ? Si la victime devient un peu coupable, ou se sent un peu coupable, alors il devient difficile quelle porte plainte delle-même, sans saccuser elle-même, sans prendre le risque dêtre accusée à son tour. On voit où mène la culpabilité excessive. Le problème vient du fait que lindividu se considère coupable, mais pas responsable (et non linverse !) : il ne peut pas se considérer comme responsable, car la responsabilité induit une forme de réaction, une prise en charge personnelle du problème ; or, en portant plainte, il na aucun moyen dagir sur le jugement ou sur la secte, il reste passif, il récitera son témoignage et se fiera ensuite au langage de lavocat et au rituel du jugement, cest-à-dire dans un autre contexte infantilisant. Nous exagérons, évidemment, car les buts dune secte et dune cour de justice sont dissemblables, mais lindividu victime peut penser de cette manière : on lui a tellement appris à se méfier de la société, du monde ou des autres (nombre de discours sectaires sont antisociaux) quil peut appréhender ce système judiciaire quen principe nous devrions connaître (nul nest sensé ignoré la loi) mais quen réalité très peu de nous comprenne (il suffit dentendre les revendications de victimes ou de parents des victimes : il sagit souvent de vengeance). Une des voies de sortie possible serait celle de la communication : entre travailleurs sociaux et membres de sectes, entre avocats et victimes, mais aussi au niveau de la prévention : entre parents et enfants, entre professeurs et élèves comme cest le cas aujourdhui pour le bizutage, les violences sexuelles ou la pédophilie (la dernière campagne scolaire contre les violences sexuelles était même particulièrement " violente "). Les associations qui réunissent danciennes victimes de sectes sont un bon moyen de resocialisation, par la parole et par laide mutuelle, elles sont indispensables mais elles ne sont en aucun cas préventive.
Voici, en matière de pragmatisme, ce que propose la Commission parlementaire dans son rapport daté de 1995 :
1- Mieux connaître et faire connaître
2 Mieux appliquer le droit existant
3 Améliorer le dispositif juridique
5 Créer un Haut conseil des cultes composé de représentants des autorités religieuses, scientifiques et administratives, chargé de donner un avis conforme sur les demandes relatives à la reconnaissance dassociation cultuelle, voire celles concernant lobtention du statut de congrégation.
6 Aider les anciens adeptes
Comme dans tout problème inévitablement complexe, les résultats, toujours, se font attendre. On constatera cependant que la médiatisation non planifiée de ce sujet a permis de réelles avancées : le mot secte, en devenant " péjoratif ", a obligé celles-ci à se camoufler derrière leur ressemblance à des religions officielles ou des groupements humanitaire, par exemple. Plus difficiles à détecter, elles connaissent cependant un recul deffectif, de par ce même mouvement régressif qui a permis à certains de leur membre de se poser la question libératrice : sils nont rien à se reprocher, pourquoi changent-ils de visage ?
On évitera cependant de donner pour solution miracle la
médiatisation du problème. Dans celui-ci comme dans dautres, la surmédiatisation
aboutit à la banalisation, à des idées confuses et à une image stéréotypée, alors
même que les sectes sont en perpétuelle évolution. Laction sur le terrain, après
mûre réflexion, sera donc inévitable.
Aux dernières nouvelles
Les médias nous assènent de mauvaises nouvelles, mois après mois, si bien quon a limpression que cette fin de siècle ou de millénaire - est particulièrement terrible : la crise économique, la surenchère nucléaire de lInde et du Pakistan, laffaire de la paillote, le stress, le Kosovo, les licenciements en masse ou restructurations, les SF, les nouvelles maladies, les assassinats en Algérie, la pollution, la violence dans les lycées, les famines, la crise russe, le sida, le déforestation de la forêt amazonienne, les guerres, le Bug de lan 2000, la surpopulation, les gaz à effets de serre, la remise en cause du système des retraites, la pédophilie, les attentats, le Crédit Lyonnais, la crise asiatique, le dopage des cyclistes, la vache folle, lIrak, les espèces en voie de disparition, la montée du racisme, les attentats terroristes en Corse, le déficit de la sécu, la crise de la retraite, le déficit budgétaire de lEtat, les escroqueries, laugmentation des impôts, les pots-de-vin, largent gaspillé, les pirates informatiques
Si on se place au-delà du catastrophisme, on observe une accélération apparente mais aussi réelle de toutes les données du monde moderne. Lhomme, pourtant, ne pense pas plus vite, ne parle pas plus vite et ne vit pas plus vite - même sil lui arrive dêtre un peu pressé. Il ne peut pas non plus gérer une masse dinformations en croissance exponentielle : ou bien il finit par reléguer le travail de la critique à des médias particuliers (chaîne TV, station radio ou magazine favori), ou bien il abandonne la recherche de linformation totale ou véritable et il se contente dune information parcellaire, subjective, voire même il sen passe en désespoir de cause. Quand on parle de lère de linformation, cela signifie aussi que ceux qui arrivent à suivre plus ou moins lensemble des données qui lui parviennent, à les suivre intellectuellement (les comprendre, sen souvenir) et affectivement (réagir, réfléchir), ceux-là sont qui sont dans lère du temps. On les entend même parfois se plaindre de navoir pas été suffisamment été informé sur un sujet : ce nest pas, si on veut être objectif, dû à une volonté effective de sous-information, mais à leffet quengendre la surinformation sur dautres nouvelles moins importantes. Limportant est noyé dans linsignifiant, lauditeur ou le téléspectateur est partout pris à partout, dans le spectaculaire, le sensationnel, loriginal ou le scandaleux. Il a limpression que linformation importante est portée manquante, mais en réalité elle lui échappe, si bien que la totalité du monde informatif apparaît comme une gigantesque illusion. Aux Etats-Unis, on interprète celle-ci par un autre mirage : on parle de complot, en particulier gouvernemental : " on nous cache quelque chose ", " on ne nous dit pas tout ", par exemple sur : lassassinat de Kennedy, Roswell et la zone 51, les marines morts au combat, les essais médicaux sur les soldats envoyés en Irak, les murs inavouables du président (ou comme passe de la vie privée ou une affaire dEtat), lhomosexualité de célébrités, les effets secondaires des produits chimiques contenus dans la nourriture de supermarché
Ce non-sens aboutit chez certains à labandon dune perception globale de la réalité, perçue comme " vraie " car objective, pour se contenter dune perception parcellaire de celle-ci, perçue comme " fausse " car subjective. Ces individus ne sont plus dans lère de linformation, ils ne sont donc plus dans lère du temps. Mais on ne peut pas se contenter de nêtre rien : il faut donc devenir extrémisme, conservateur, fanatique ou membre de secte. La secte, en effet, apporte une réponse, qui, comme eux, se veut hors du temps. La secte contient un secte, un message, bref une information qui survole lépoque, dhier à demain. Ses membres nont donc plus besoin dinformation du tout : ils savent quils ont de toutes la plus importante et que celle-ci sera toujours valable. Il devient alors aisé voire logique pour les sectes de couper ses membres de toute autre source dinformation que ses propres médias : ses revues, ses livres, ses vidéos, ses radios et parfois ses chaînes TV.
Dans certains circonstances particulières, cest-à-dire " importantes ", les sectes se mêlent de lactualité. Leur message tend alors à coïncider avec un événement politique, militaire (guerre), économique (crise), social (révolte) médical (le sida), astronomique (passage dun comète, éclipse solaire), archéologique (découverte réelle ou mythe de lAtlantide) ou autre, de telle manière que ce dernier événement confirme le message. Le dogme religieux ne peut pas se passer de la réalité pour avoir un sens : il faut quil soit historique tout dabord, avec un fondateur et sa légende, puis psychologique, puisquil doit expliquer parfaitement lêtre humain, la cause de ses malheurs, le chemin de son bonheur, et enfin social, puisquune religion fonctionne dans un système communautaire, avec tous ses codes, ses habits, ses fétiches, ses lieux de pèlerinage, sa hiérarchie, ses modes de reconnaissance
Nous en avons eu un exemple récemment, rapporté par le Courrier International (n°445 du 12 au 19 mai 1999), avec la secte de Falun Gong, littéralement " lart de la roue de la loi " :
" A lapproche du dixième anniversaire des événements de la place Tiananmen, les autorités redoutent des troubles politiques. Mais ce sont les membres dune secte qui, de façon totalement inattendue, ont manifesté en masse à Pékin le 25 avril dernier. ".
Les informations qui suivent proviennent du Chungkuo Shihpao de Taipei (He pin) :
" Les adeptes du Falun Gong appellent Li Hongzhi " Maître ". Ladoration de ses disciples frôlant la folie, les pressions des autorités chinoises lauraient contraint à disparaître de la circulation, puis finalement à senfuir avec son épouse aux Etats-Unis. Mais, selon un certain Chen, adepte new-yorkais de la secte, si Li Hongzhi a demandé un permis de résidence aux Etats-Unis, cest parce que la secte du Falun Gong, qui se trouve désormais dans le collimateur des autorités chinoises, avait besoin dêtre développé à létranger. Actuellement, on peut rencontrer ses adeptes dans plus de vingt villes américaines. LAustralie, le Canada et lAutriche comptent également des disciples faisant du prosélytisme. ".
Les sectes qui recherchent à accélérer leur extension se doivent de simpliquer dans la guerre de linformation. Cest le principe de la publicité : sur 100 personnes qui entendent vanter un produit, une seule sera intéressée, et une sur 1000 lachètera effectivement. Mais sur plusieurs millions
Le rôle de cette manifestation est maintenant établi, mais elle sest produite à un moment très particulier du calendrier et de lhistoire chinoise. Courrier International en explique le contexte :
" ( ) Ni banderoles, ni mots dordre, une manifestation silencieuse qui a duré treize heures.
" ( ) Bien que pacifique, la manifestation a été organisée par les adeptes de Falun Gong a alarmé les autorités chinoises. Lhistoire de la Chine regorge dépisodes célèbres où les sectes religieuses ont menacé le pouvoir. Lidéologie communiste a longtemps justifié la répression des pratiques religieuses, considérées comme des superstitions contre-révolutionnaires. La Chine a cependant connu, au cours des vingt dernières années, une libéralisation notable dans ce domaine : les temples et les églises, progressivement rouverts, ont fait recette, surtout chez les jeunes. Pékin pensait sêtre prémuni contre lapparition de forces de mobilisation spontanée grâce à un système daffiliation obligatoire des différentes Eglises à un organisme officiel. Lexistence des " sectes " protestantes ou catholiques clandestines, malgré une répression permanente, témoigne cependant dune résistance importante à ce contrôle.
" Dautre part, cette manifestation ne pouvait tomber à plus mauvais moment pour les autorités chinoises à la veille du 10ème anniversaire de la répression du mouvement prodémocratique de Tiananmen, le 4 juin prochain. Sans compter le 80ème anniversaire du Mouvement du 4 mai ; le 4 mai 1919, des étudiants de luniversité de Pékin manifestaient contre le traité de Versailles, qui attribuait la province de Shandong (au nord-est de la Chine) au Japon. La motivation nationaliste saccompagnait dune vague de fond en faveur dun changement culturel radical. Monsieur Science et Madame Démocratie étaient convoqués pour présider à la modernisation de la pensée comme du régime.
" Lorgane du Parti communiste chinois na pas a
manqué, le 4 mai 1999, de souligner limportance de la poursuite de la lutte des
aînés contre les superstitions. Cest dailleurs la parution dun article
de presse présentant le Falun Gong comme un culte superstitieux et antiscientifique
qui est lorigine de la manifestation du 25 avril. Mais le Renmin Ribao signalait
également la parution dun livre sur les bases scientifiques de lacupuncture
manière dindiquer que la tradition chinoise nest pas en cause. ".
On remarquera au passage le rôle de la science : reprise par le système politique, elle soppose à la religion ; il ne sagit donc plus dune image statutaire de la science (à la fois méthode et savoir, cest-à-dire moyen de savoir), mais dune image " active ", dun principe en fait, peut-être même plus actif aux niveau des idées que la science ne lest au niveau de la connaissance car elle est devenue aujourdhui très " technique ". Cette " reprise " de la science à des fins politiques et utopique - frise le syncrétisme. Le pas, cependant, nest pas entièrement franchi : il ne sagit pas, en effet, de prendre parti (pour quelque chose, et donc contre autre chose), mais au contraire de maintenir un équilibresocial (qui a tendance à se déséquilibrer).
" Les autorités cherchent à maintenir un équilibre délicat. Elles ont condamné la manifestation de Falun Gong, qualifiée derreur, mais pas la pratique du qigong. Si la secte dérange, cest en tant que force de mobilisation sociale.
" (
) Les adeptes de Falun Gong pratiquent entre autres le
qigong, discipline de maîtrise du souffle fondée sur des techniques anciennes taoïstes
et médicales. Les exercices respiratoires et de méditation sont censés maintenir ou
rétablir la circulation harmonieuse du souffle vital. Le qigong est enseigné dans
les Instituts de médecine traditionnelle. Il est pratiqué de manière populaire au même
titre que le tai-chi-chuan. ".
Il est " amusant " de constater combien la politique du PCC tend à appliquer les principes du qigong : maintenir ou rétablir léquilibre afin dobtenir une société harmonieuse, efficace et disciplinée. Pas étonnant, dès lors, quelle ne condamne pas cette technique, mais étonnant, cependant, parce que cette technique est aussi celle de Falun Gong. Leur principe étant identique, comment lui est-il possible de condamner la secte ? Les membres du Parti sont-ils - danciens - membres de Falun Gong ? Toute lambiguïté provient de là : la secte ressemble trop au PCC. Comment sen prendre à un autre soi-même ? A moins dêtre dans un esprit de concurrence ; mais cet esprit nest pas celui de léquilibre
Mais revenons au rapport qui nous intéresse, entre syncrétisme et actualité :
" En 1972, le troisième maître de Li Hongzhi, un maître de la Grande Voie, arriva en provenance de mont Changbai ; son nom de religion était Fils de la Vraie Voie, Zhen Dao zi. Contrairement aux deux maîtres précédents, ce maître-là ne portait pas la robe taoïste et avait lapparence de Monsieur Tout-le-monde. ( ) Il axait son enseignement du kung-fu sur le perfectionnement intérieur. En 1974, il partit, laissant la place à une femme bouddhiste qui transmit au jeune homme les principes et la doctrine du kung-fu bouddhique. ( ).
" Dans plusieurs déclarations, Li Hongzhi a affirmé détenir une autorité spirituelle supérieure à celle de Jésus, de Mahomet ou du bouddha Sâkyamuni, et il dit avoir été envoyé par Dieu en ce monde pour sauver le peuple des vivants. Il prétend que Falun Gong permet de soigner toutes sortes de maladies et quil peut nous débarasser de lhomosexualité, de la drogue et du rock and roll entre autres choses décadentes qui font souffrir lespèce humaine à la fois dans sa chair et sans son âme.
" Bien-sûr, de telles affirmations laissent sceptiques pas mal
de gens, et dautres vont jusquà reprocher à Falun Gong dêtre une
" secte perverse ". Le problème est que tout reportage mettant en cause le
Falun Gong risque de déclencher très vite une riposte. Par le passé, plusieurs
démonstrations de force ont conduit de nombreux médias de Chine à battre en retraite,
à tel point que les autorités du PCC en sont réduites à garder le secret sur la nature
réelle de Falun Gong. ".
Si le dogme des sectes trouvent sa pertinence dans certaines tendances actuelles, très médiatisés, tels que les maladies, lhomosexualité et le rock and roll (chez nous, ce serait plutôt la techno et les rave-party), il se retrouve dépendant de lactualité : il doit donc intervenir au niveau de la censure, comme ici, et/ou de la fausse information (cest-à-dire participer de la surinformation), par des interventions télévisées, telle que cette manifestation, en se présentant aux élections (cest arrivé en France il y a quelques années) ou en gagnant certains procès (pour avoir le titre dEglise par exemple). De fait, la secte devient célèbre (un temps), sinon connue (tout le temps). Encore une marque dun vaste symptôme sectaire : lattention quelles portent à leur image car elles nont que ça.
" La secte du Falun Gong sest développée avec une rapidité surprenante, souligne le Chungkuo Shihpao. Près de 1 chinois sur 12, ou 1 sur 24, selon les chiffres que lon retient, serait un adepte. Cela veut dire que tout membre du Parti communiste, tout cadre de haut rang, tout policier, tout soldat, peut avoir un parent ou un ami appartenant à cette secte. Cest pourquoi Pékin a réagi avec beaucoup de précautions. Nayant aucune forme dorganisation, selon la volonté de Li Hongzhi, ni liste dadhérent, ni compte en banque, ni siège, elle repose essentiellement sur le bouche-à-oreille et les réseaux personnels. Leur efficacité est plus grande que celle des organisations sociales. Dautant plus que les autorités ne peuvent sen prendre à quiconque.
" Au moment de sa création, une demande denregistrement en bonne et due forme, sous les auspices de la Société de recherche sur le qigong, a été déposée. Mais aucune des pièces requises nétait disponible : adresse, nom du responsable, origine des fonds, liste des adhérents La demande ne put donc aboutir.
" Dès 1995, le Falun Gong fit lobjet de commentaires désobligeants dans la presse officielle, qui la qualifia de " secte perverse ", et fut interdite dans certaines localités. Quant aux autorités bouddhistes, bien que Li réfute dans ses textes avoir une quelconque relation avec cette religion, elles prennent la peine de le rejeter comme extérieur au bouddhisme.
" Quoiquil en soit, la secte a des effets positifs
indéniables, estime le quotidien taïwanais la secte a aussi ses adeptes à
Taïwan. Trois mille adeptes réunis récemment sur une place publique de Shenzhen ont
laissé lendroit impeccable, ce qui, dans la période troublée par le
matérialisme et le crime sur le continent, est bien rare. Si 100 millions de
Chinois ont rejoint la secte, ce nest peut-être pas seulement pour combler le
vide de croyance que connaît le continent, ni par hasard. ".
Alors, secte ou religion ? Labsence dorganisation semble plutôt étonnant pour une secte (pas de compte en banque !), à moins quelle soit bien cachée (en Suisse ?). En tout cas, si cette religion est une secte (!), admettons quil existe beaucoup déléments favorables à lémergence dune religion nouvelle dans cette période troublée par le matérialisme et le crime, démotivée par le vide de croyance. Ajoutons que la double répétition du mot " continent " tend à concentrer ce phénomène dans un seule environnement culturel, alors quil ny pas là dexception culturelle mais un contexte mondiale, de plus en plus mondiale, dont beaucoup semblent ignorer la cause
Les sectes se placent à lintérieur de ce contexte. Même dans les pays qui ne sont pas touché par les adventistes, les millénaristes et les faux prophètes, parce quils nont ni le même calendrier, ni la même culture, il y a perception de ces bouleversements. Cest parce que la mondialisation économique a des effets culturels que les sectes du monde entier peuvent aujourdhui fonctionner sur les mêmes bases, utiliser les mêmes méthodes et suivre la même évolution. Non seulement ces bouleversements ont des effets négatifs, mais ils vont de plus en plus vite, ce qui les rend difficile à suivre, et ils tendent à uniformiser le particulier dans la masse. De fait, ils engendrent une contre-réaction logique (en sciences sociales, toute création porte le germe de sa destruction) de pensée anticapitaliste ou antigouvernementale (il faut bien un coupable), de conservatisme ou de fanatisme (ça peut aller ensemble), de respect de la différence, de tolérance, de retour à la nature, décologie, de recherche de ses racines, de réapprentissage des langues régionales, de " retour aux sources ", de " retour du religieux ", de syncrétismes Les sectes font partie de ce contre-mouvement - peut-être un futur mouvement - , elles en profitent (dans tous les sens du terme) et surtout, elles sy cachent. Parce que la différence et loriginalité priment, alors elles se veulent véritables, originelles, uniques, etc., elles trouvent les sources de leur dogme dans la culture traditionnelle ou dans les idées " branchées ", elles deviennent différentes dapparence, mais le fond dogmatique reste identique, tout comme leur mode de recrutement, leur but véritable, les causes de leur existence et de leur prolifération. Nous sommes, comme disait Voltaire, dans une société de paraître : il paraît donc utile, voire nécessaire, ne plus, de ne pas se fier aux apparences. Elles ne peuvent plus être que trompeuses.
Même réflexion au niveau des informations qui nous parviennent. Y
compris celles que vous venez de lire
Quest-ce quune secte finalement ? Est-elle fondamentalement différente dune religion ? Nous devions répondre à cette question en début de partie. Nous en étions encore incapable. La multiplication des exemples a-t-elle permis davancer sur ce point ? On sait que les sectes ne prennent pas toujours lapparence dune religion, quelles en gardent cependant la structure, et que leurs dogmes servent dune part à amener leur victime à la dépendance psychologique, dautre part à cacher cette entreprise de manipulations. Elles semblent utiliser à dautres fins des idées et des réflexions métaphysiques. Souvent choisies de manière syncrétique, elles sont réinterprétées par la secte. Dans ce domaine, elles ont toute liberté, puisquil nexiste pas de preuve métaphysique (par définition : au-delà de la physique) et encore moins de repère fiable qui permettrait de dire quuntel détient la vérité et quuntel ne la détient pas. La religion est basée sur la foi, cest-à-dire la croyance au sens étymologique, croyance non seulement en Dieu, par exemple, mais croyance dans une doctrine, croyance dans un texte sacré, croyance dans les dires dun prêtre, croyance en la bonne foi de celui-ci ; les religions peuvent donc donner naissance à des sectes ou à des comportements sectaires. On remarquera cependant que les religions institutionnalise la foi, quelles tendent à la faire partager, quune secte ne fonctionne et na de but que par cette organisation qui lui permet de multiplier son influence et ses entrées dargent : on aboutit à la conclusion que plus le groupement religieux est vaste, complexe, hiérarchisé, plus il risque dêtre ou de devenir une secte. La difficulté consiste donc à remonter aux sources des nombreuses filières des sectes, afin de déterminer la taille de lorganisation et donc son niveau de dangerosité.
Une secte, ce serait donc :
" Une communauté à fonctionnement religieux, à but strictement économique et aux effets psychologiques, sociaux et parfois corporels destructeurs. A ne pas confondre avec les nouveaux mouvements religieux, par définition simples, minoritaires et sans hiérarchie (autrement dit mal organisés), ni avec les religions instituées, qui ne sont pas nées organisées (complexes, puissantes, hiérarchisées) mais sont laboutissement dune évolution. ".
Que dire, cependant, dans le cas de lInternational Coach Federation, secte ou pas secte ? LICF propose le service dun " entraîneur ", sensé remotiver son client (un cadre supérieur), au prix de 200 dollars (1 200 FF.) par mois en moyenne. Le but est nettement lucratif, et la méthode permet de créer une intimité avec son client, suffisante pour créer la dépendance. Celui-ci est valorisé, on le pousse à agir, on le surveille, semaine après semaine, il devient le centre de toutes les attentions, mais le personal coatch nest en rien obligé davoir travaillé précédemment dans le domaine de la santé mentale. Ils sont peut-être 20% à avoir été psychothérapeutes, mais lICF, le Training Institute et la Coatch University ne pensent quà doubler leurs effectifs chaque année. LAssociation américaine de psychologie sinquiète de ce développement de ces entreprises sans statut, sans base médicale, mais dont les salaires attirent de plus en plus de monde de tout horizon. Ce sont presque les mêmes caractéristiques que les sectes, si ce nest laspect religieux. Doit-on alors parler dune secte sans religion, ou dune escroquerie avec religion ?
Comment parler, dans ce cas, dune secte où il nest pas question dargent ? Souvenons-nous : quand la comète Hall-Bopp est passée dans notre ciel en janvier 1998, les membres dune secte et son fondateur se sont suicidés dans lespérance que " leurs âmes rejoignent les extra-terrestres dont le vaisseau était caché dans la queue de la comète ". Le fondateur ne faisait pas ça pour largent, mais parce quil y croyait. Cétait un fou qui avait su communiquer sa folie à dautres. Le but strictement économique ne tient plus, même si les effets pervers subsistent, les effets psychologiques, sociaux et parfois corporels destructeurs. Cette secte était dangereuse, certes, et même mortellement dangereuse, mais à portée plus limitée que les sectes économiques dont le but est justement la croissance, et même la croissance à tout prix. Les conséquences du dogme sur la (sur)vie de ses membres doivent donc primer, et sur le contenu du dogme, et sur la bonne foi de ses " prêtres ".
Mais nest-ce pas atteindre à la qualité de vie ou à la liberté de choisir que de prôner la pauvreté, la chasteté, le jeûne, le voile, lexcision, le mariage ainsi que la non-violence même en cas de légitime défense ? Certains privations sont entrées dans les murs ; elles peuvent être un élément destime dans certaines cultures ; que dire de celles que nous ne tolérons pas dans la nôtre ? Même le tabou de la mort a parfois été transgressé de manière légale : dans les guerres, il est accepté que des soldats meurent (on préfère dire : se sacrifient à la cause) ; dans les sociétés cannibales, les morts ou les criminels pouvaient être mangés ; et chez les Mayas, le sacrifice humain était une condition à la survie du Soleil, donc du monde. Cela appelle à une réflexion plus large sur la culture et sur la valeur de notre jugement. Pour linstant, on se contentera de rappeler que dans un Etat de droit, certains lois doivent être respectées par tous les individus, et que les communautés sont sensés avoir acceptées ces règles. Cest un peu ségrégationniste, mais ça tient la route.
Que dire, surtout, dans le cas des Mormons ou Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours ? Ils ressemblent à une religion, viable et respectable, seulement ils ont dernièrement défrayés la chronique aux Etats-Unis pour viols et assimilés . Sagissait dune déviance sectaire ou dun comportement sectaire ? Dans le premier cas, il sagit dune erreur ; dans lautre, il sagit dune secte. Seule une enquête devrait, a priori, le révéler. Il est en effet difficile de se prononcer sur un système qui a permis de tels crimes quand ce système englobe plusieurs villages (villes, régions ?). Cela amène aux nécessités dune ou plusieurs enquêtes, bref à laction de la justice, ou plus généralement, au rôle de ladministration dans les gestion de ce phénomène.
La dernière enquête officielle à grande ampleur est celle du rapport parlementaire sur Les sectes en France (Editions Patrick Banon, Opinions publiques, 1996). Elle conclue notamment :
" De fait, [le phénomène sectaire] est étroitement lié aux grand problèmes qui se posent aux sociétés actuelles, quil sagisse du déclin des religions traditionnelles, de la mutation des structures familiales, de la remise en cause des valeurs morales, de la place du politique ou de la crise économique et sociale. Il en est même, dune certaine façon, le reflet.
" Si sa diversité et sa complexité empêchent de rendre compte avec précision de son évolution quantitative et qualitative, les recherches effectuées montrent quil sest amplifié au cours de la dernière décennie en France et à létranger. Et ce, tant en nombre dorganismes que dadeptes et de sympathisants. En même temps, il présent des formes plus variées, il met en uvre des techniques plus sophistiquées et dispose de moyens financiers accrus.
" (
) Votre Commission estime donc indispensable
de réagir. Cela étant, il lui est apparu que la meilleure façon de riposter au
développement des sectes dangereuses nest sûrement pas la plus spectaculaire, sous
la forme dune législation anti-sectes que lampleur de notre arsenal
juridique ne rend pas nécessaire et qui risquent dêtre utilisée un jour
dans un esprit de restriction de la liberté de pensée. Lessentiel, selon elle, est
bien dutiliser pleinement les dispositions existantes, leur application
systématique et rigoureuse devant permettre de lutter efficacement contre les dérives
sectaires. "
Dautres impératifs viennent compléter laspect judiciaire : la prévention par linformation, la réinsertion sociale des anciennes victimes, et, jajouterais, une étude sur les phénomènes de manipulation mentale à grande ampleur (à situer entre lescroquerie et le système totalitaire), plus approfondie encore que dans ce présent travail. Le citoyen deviendrait effectivement plus libre et égal en droits sil connaissait limportance des influences sociales et psychologiques que font de lui ce quil est et donc aussi : ce qui font des autres ce quils sont (dans le respect de la différence).
" Cela dit, il faut être lucide : les mesures proposées ici ne suffiront probablement pas à elles seules à faire disparaître ces dangers. Reflet des difficultés du monde actuel, symptôme dun profond malaise social, image dune crise morale autant que civique, le phénomène sectaire appelle aussi, en effet, une réponse globale à lensemble des grands problèmes de lépoque contemporaine ".